Joan Bodon passeur de l’occitan au français

Joëlle Ginestet E Muriel Vernières

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Joëlle Ginestet E Muriel Vernières, « Joan Bodon passeur de l’occitan au français », Plumas [En linha], 8 | 2026, Mes en linha lo 11 mai 2026, Consultat lo 14 mai 2026. URL : https://plumas.occitanica.eu/2207

Joan Bodon, escrivan occitan de Roergue, propausèt una « adaptacion en francés » dels seus Contes del meu ostal (1951) e Contes dels Balssàs / Les Ancêtres d'Honoré de Balzac (1953) puèi del roman La Grava sul camin (1956). Lo tèrme « adaptacion » fa mòstra d'una granda prudéncia per designar la traduccion de l’occitan cap al francés. Contaire que sapchèt pivelar un auditòri occitanofòn, volguèt que lo legiguèssen los qu'avián pas aprés a legir l'occitan. Volguèt far conéisser un monde autre als legeires francofòns amb de repères qu'estimava indispensables, emai passar delà lo lectorat occitan, que dejà vesiá Euròpa a se formar. Per servar lo sens e l’energia del seu estil tot de brevetat e de pausas, butèt mai d'una rega : pauc de mots non tradusits, de cambiaments de la ponctuacion... Mai d'un còp la siá pròsa se pleguèt a las règlas de versificacion. Aquel aimador de las lengas (latin, francés, castelhan, alemand, arab argerian...) abandonèt puèi l’exigent trabalh de tradusir romans e poèmas.

Joan Bodon, écrivain occitan rouergat, a proposé une « adaptation en français » de ses Contes del meu ostal (1951) et Contes dels Balssàs / Les Ancêtres d'Honoré de Balzac (1953) et de son roman La Grava sul camin (1956). L’emploi du terme « adaptation » est le signe d'une grande prudence pour désigner la traduction depuis l'occitan vers le français. Conteur apte à captiver un auditoire occitanophone, il a voulu être lu par ceux qui n'avaient pas appris à lire l'occitan, faire connaître un monde autre aux lecteurs francophones avec des repères qu'il estimait indispensables et dépasser le cadre du lectorat occitan parce qu'il voyait déjà l'Europe se former. Pour conserver le sens et l'énergie de son style fait de brièveté et de pauses, il a adopté diverses stratégies : peu de mots non traduits, des modifications de la ponctuation... Sa prose obéissant souvent aux règles de la versification, cet amoureux des langues (latin, français, castillan, allemand, arabe algérien...) a ensuite abandonné l'exigeant travail de traduire ses romans et poèmes.

Joan Bodon, an occitan writer from Rouergue, proposed an « adaptation in French » of his Contes del meu ostal (1951) and Contes dels Balssàs / Les Ancêtres d'Honoré de Balzac (1953) and a novel La Grava sul camin (1956). The term « adaptation » shows an extreme caution as he meant the translation from Occitan to French. As a story teller who could captivate an audience, he wanted that those who had not been taught to read Occitan could read his books and those who spoke French could know about another world owing to markers he thought essential. He also wanted to go beyond his occitan readership because he was conscious of the shaping of Europe. To keep the meaning of words and the energy of his style caracterized by short sentences and breaks, he adopted combined strategies : few words left untranslated, changes of the punctuation... His prose sometimes following versification rules, he, who loved languages (Latin, French, Spanish, German, Algerian Arabic...) did not repeat the demanding work of translating his novels and poems.

Écrivain bilingue occitan-français, parti au STO à Breslau (Wroclaw) à vingt-trois ans et en coopération en Algérie à la fin de sa vie, Joan Bodon a fait l’apprentissage de plusieurs langues, le castillan et l’allemand, et il s’est intéressé au statut de l’arabe algérien par rapport à l’arabe classique qui lui rappelait celui de l’occitan par rapport au français. Sa formation d’enseignant à l’École Normale de Rodez l’avait amené à pratiquer la traduction du latin au français et une fois en fonction, en défenseur de l’acquisition d’une maîtrise linguistique émancipatrice à la Freinet, il a envisagé un livret destiné à de jeunes élèves afin qu’ils apprennent à lire l’occitan comme ils avaient appris à lire le français (CIRDOC, fonds Jeanine Boudou)1. Sur des questions de choix de graphie, il a volontiers échangé avec ses correspondants épistolaires, parmi lesquels Enric Mouly et Robert Lafont (Verny 2014, p. 932-934), mais il s’est tenu à l’écart des débats publics houleux à ce sujet entre occitanistes et félibres. Il était plutôt préoccupé par les questions sociolinguistiques et avait l’intention d’être lu pour ouvrir les frontières qui séparaient les peuples malgré l’inégalité des statuts de l’occitan et du français.

Nous n'évoquerons pas les autotraductions des chapitres de romans inachevés et inédits qui mériteraient une étude à part entière : La Crotz de Tolosa, La Cooperativa novèla (CIRDOC, fonds JB) et les recueils Frescun del nòstre Viau (1945) et La Canson del país (1948) édités par Élodie de Oliveira en 2012. Notre analyse se concentre ici sur trois ouvrages publiés. Ils l’ont été avec une « adaptation en français ». Le choix du mot « adaptation » pour qualifier le passage de l’occitan au français nous semble témoigner de l’extrême modestie de l’écrivain bilingue conscient que le travail de traduction d’une langue minorée à une langue de grande diffusion et prestige était particulièrement exigeant.

Les trois ouvrages sont les suivants :

- Contes del meu ostal Reculits per Joan Boudou Avec une Adaptation Française, Villefranche-de-Rouergue, imprimerie Salingardes, 1951.

Couverture Contes del meu ostal, bibliothèque privée.

Couverture Contes del meu ostal, bibliothèque privée.

- Contes dels Balssàs [Avec une adaptation française] Les ancêtres d’Honoré de Balzac, Illustrations de Marius Valière, Villefranche-de-Rouergue, imprimerie Salingardes, 1953 rappellent le conteur et le poète comme nous le verrons ci-dessous. La graphie de son nom sur les couvertures indique une hésitation entre l’écrivain occitan et l’identité familiale française : Joan Boudou. En conclusion des notes finales des Contes dels Balssàs, l’écrivain présente son adaptation – qu’il qualifie de médiocre –, comme une aide au lecteur pour « mieux lire et mieux comprendre » (p. 321). Soulignons que le texte français de ces Contes pouvait favoriser le contact avec la Société des Amis de Balzac.

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Couverture Contes dels Balssàs, bibliothèque privée.

- La Grava sul camin, Toulouse, Institut d’Estudis Occitans, publié en 1956. Joan Bodon poursuit son travail d’écriture en occitan avec un roman. Alors que l’éditeur et imprimeur Salingardes a présenté les Contes avec le texte français à droite, l’édition bilingue originale de La Grava sul camin par l’IEO le propose sur la page de gauche. La version en français des trois œuvres est en italique.

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Couverture La Grava sul camin, bibliothèque privée.

L'incursion de Joan Bodon dans le domaine de la traduction ne se limite pas là. Le poète et romancier bilingue aimait les langues étrangères (latin, castillan, allemand et plus tard, russe et arabe algérien qu’il était en train d’apprendre au moment de sa mort2) et il a entrepris une traduction de poèmes du Libre pel meu amic en interlingua (CIRDOC, fonds JB). Dans « Propos d'un occitan », chroniques en français du Saint-Affricain du 04 novembre 1972, à ceux qui comparaient la France à une cathédrale dont les parties ne devaient pas être séparées, Joan Bodon avançait un argument qui le montre conscient de la progressive construction de l'Europe :

La comparaison est juste. Toutefois, on peut rêver d'une cathédrale plus grande que la France, par exemple l'Europe et ce n'est plus aujourd'hui une utopie (1972).

Après avoir rappelé le rapport de Joan Bodon aux langues, nous aborderons quelques traits de l'autotraduction boudounienne en français. Quels écueils Joan Bodon a-t-il essayé de surmonter dans son texte en français ? Au-delà de quelques rares stratégies explicatives, quelles réflexions se révèlent en filigrane ? Y-a-t-il des glissements sémantiques et rythmiques ? Plus qu’un moyen d’être lu et reconnu, son autotraduction n’était-elle pas pour lui un moyen de fuir les critères restrictifs des littératures monolingues régionalistes et nationalistes ?

1. Joan Bodon et les langues

Occitan, français ou langues autres, il les voyait toutes comme la matérialisation du parcours culturel et historique d’un peuple :

Quel que soit le nom donné au pays, quelle que soit la langue parlée par les populations, l’Occitanie existe. Chaque conquête, chaque invasion dépose ses sédiments, mais le fonds de la population demeure homogène. (« Propos d'un occitan », Le Saint-Affricain, 21.10.1972).

L’espagnol, rencontré à l’École normale de Rodez, à travers les poètes victimes du franquisme – Lorca, Machado – lui apparaissaient comme plus proche de sa vision esthétique que le français. Il admirait la métrique particulière de leur poésie. Ainsi confiait-il à Enric Mouly en 1941 :

… soi vengut a un punt qu’aimi mai l’espanhòl e la poesia espanhòla que lo francés e la poesia francesa. D’après ieu lo pus grand trobaire d’en aval seriá Antonio Machado e ai volgut atrapar son biais.
Dins los vèrses espanhòls la rima es un asard, es pas qu’una assonància pus parfèta que las autras. Coma l’occitan a un pauc lo même son que l’espanhòl, m’èri afigurat de far de vèrses assonantats.
Aquel Machado, lo pus souvent, fa de vèrses de 8 sillabas e dins sas pèças cortòtas i a totjorn coma una espècia de refrin. Tenètz vos vau traduire un de sos poèmas... (jòus sant de 1941, Letras de Joan Bodon a Enric Mouly, p. 28-29)

[… j’en suis arrivé au point où je préfère l’espagnol et la poésie espagnole au français et à la poésie française. À mon avis le plus grand poète, le plus inventif, est Antonio Machado, et j’ai cherché à apprivoiser son art.
Dans les vers espagnols, la rime est un hasard, seulement une assonance plus parfaite que les autres. Comme l’occitan a un son proche de l’espagnol, j’avais imaginé faire des vers assonancés.
Machado, le plus souvent, fait des vers de 8 syllabes et dans les pièces courtes il y a toujours une sorte de refrain. Tenez, je vais vous traduire un de ses poèmes...]

Même en pays ennemi, prisonnier du STO, il ne pouvait s’empêcher de s’intéresser à la langue allemande. Ainsi, le roman inédit inachevé, La Crotz de Tolosa, aborde-t-il l’apprentissage de la langue de l’ennemi. Deux amis prisonniers étudient l’allemand in situ en conversant ou en lisant les slogans bellicistes affichés :

Cambiar de lenga es cambiar d’arma, vertat es. Las frasas que se margan de la revèrs, los mots que s’ajustan d’un autre biais… Mòtles novèls de pensar, la pensada que sembla novèla…

[Changer de langue c’est changer d’âme en vérité. Les phrases qui se construisent à l’envers, les mots qui se soudent d’une autre manière... Moules nouveaux pour penser, la pensée qui semble nouvelle...] (CIRDOC, fonds JB).

Il s’agit bien ici d’une conception du monde dans l'esprit de la Weltanschauung.

Revenu à Durenque, dans une lettre à Enric Mouly, il a confirmé sa connaissance de l’allemand avec l’envoi d’une chanson hitlérienne traduite en occitan (Letras de Joan Bodon a Enric Mouly, 28.11.1945, p. 84-85).

Trois ans plus tard, le 22 octobre 1948, Enric Mouly, évoquant un projet de dictionnaire rouergat fruit d’une collaboration, souhaitait que son correspondant précise les définitions de quelques mots. Pour banlèu, Joan Bodon a alors eu recours au français :

vòmit […] es puslèu quicòm de fisic, tandis que lo banlèu es moral : « m’écœure » dirián los Francimands. (Letras de Joan Bodon a Enric Mouly, 28.10.48, p. 112)

[vòmit [...] est plutôt quelque chose de physique, tandis que lo banlèu est moral : « m’écœure » diraient les Francimands.]

Puis sa réflexion linguistique en action l’a amené à écrire le poème « Alba de l’Interlenga »3. C’était la langue choisie pour traduire les poèmes du Libre pel meu amic en guise de contribution de la langue d’oc au mouvement interlinguistique (Letras de Joan Bodon a Enric Mouly, 04.04.61, p. 169-170). Il en est aussi question dans Lo Libre dels grands jorns :

Un còp un òme tot sol m’escriguèt. S’apelava Robert Jego, de l’iscla de la Reunion. Amb son doblicador voliá conquistar lo mond. Veniá de fargar una lenga novèla, l’European, que serviriá de lenga entre totas las lengas. En European m’escriviá. E quand legiguèri sa letra cresiái que m’escriviá en occitan.
Vertat es que d’Englatèrra a Jerusalem un còp èra se parlava la lenga d’Òc... Vertat es que las interlengas del Volapük a l’Interlingua en passant per l’Esperanto o l'Ido de mai en mai evoluisson, a revertar la lenga d’Òc...
(I. L’Éternité, chap. 9, Lo Libre dels grands jorns, ed. CEO Mtp, 1973, p. 41)

Une fois un homme solitaire m’écrivit. Il s’appelait Robert Jego, de l’île de la Réunion. Avec son duplicateur, il voulait conquérir le monde. Il venait de forger une langue nouvelle, l’Européen, qui servirait d’intermédiaire entre toutes les langues. En européen, il m’écrivait. Et quand je lus sa lettre, je croyais qu’il m’écrivait en occitan.
Il est vrai que de l’Angleterre à Jérusalem autrefois on écrivait la langue d’Oc... Il est vrai que les interlangues du Volapük à l’interlenga en passant par l’esperanto o l’ido, tendent de plus en plus à ressembler à la langue d’oc. (trad. Pierre Canivenc, Rodez, Éditions du Rouergue, 1996, p. 62-63)

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Alba de l’Interlenga, strophe 1 traduite en interlingua. Ms CIRDOC fonds JB.

Entre temps, son travail de traduction en français visait un public qui allait passer du bilinguisme occitan-français au monolinguisme français dans un contexte que Gilles Couffignal a qualifié de « désoccitanisation de la société » marqué par des « processus de folklorisation ». Gilles Couffignal évoque le dernier roman des Domaisèlas où l’écrivain a tout particulièrement mis en scène ce processus (Couffignal 2025, p. 291).

La perte de la langue, dans ces années 1945-1960, était aussi corrélée aux changements radicaux dans les pratiques agricoles, qui entraînaient la perte des mots les désignant. Ainsi, en 1963, Bodon confiait-il à Enric Mouly :

Ieu dins la Grava ai parlat de l’escodre. Mas qual escodrà d’aquel biais dins dètz ans ? Qual comprendrà çò que disi sus l’escodre ? (Letras de Joan Bodon a Enric Mouly, 17.01.1963, p. 191)

[Moi, dans La Grava, j’ai parlé du battage du blé. Mais qui le battra de cette façon dans dix ans ? Qui comprendra ce que je dis du battage ?]

Patrick Couffin, qui a étudié les chroniques du Saint-Affricain, a aussi souligné qu’au-delà des arguments historiques et ethnographiques Joan Bodon a utilisé de nombreuses citations en occitan comme pour montrer « l’immensitat e l’universalitat de la literatura occitana » [l’immensité et l’universalité de la littérature occitane] (Couffin 2025, p. 202).

Nous appuyant sur des exemples extraits des trois premiers ouvrages publiés4, nous allons essayer de cerner les éléments caractéristiques du talent de l’écrivain en « adaptateur »... en français.

2. Deman caldrà tornar bastir - Demain nous devrons rebâtir5

Considérées globalement dans les trois ouvrages examinés ici, les adaptations en français de Joan Bodon n’indiqueraient-elles pas qu’il entendait contrôler le sens du texte original tout en sachant qu’il allait mettre le pied dans le paysage littéraire corseté de France où certaines tournures issues de l’oralité étaient synonymes de fautes ou de barbarismes ?

Joan Bodon a traduit littéralement le titre du prologue « Lo meu ostal » de ses premiers Contes par « Ma maison ». L’exemplaire de 1951 sur lequel nous nous sommes appuyées porte une dédicace : « Pour Mademoiselle Boudou / ces contes de la maison Boudou... »6.

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Dédicace de Contes del meu ostal.

De la façon la plus immédiate, nous traduirions ce titre par « Les contes de chez moi », mais nous sommes conviés à une autre réflexion. Lo meu ostal / ma maison, est la construction historique, culturelle, spirituelle et économique dans laquelle s’inscrit la lignée. C’est une notion essentielle chez Joan Bodon comme l’indiquent, à plus de vingt années d’intervalle, les titres de la troisième partie de La Grava sul camin (1956) et d’un chapitre du Libre de Catòia (1978). C’est une des composantes de l’identité de chacun : ne dit-on pas lo nom d’ostal pour le nom de famille ? C’est le lieu de transmission des façons de dire et des façons de faire, et ici, le lieu de transmission des contes du recueil. L’ostal est une entité pensée dans un rapport métaphorique entre les destinées individuelles, familiales et collectives, image tantôt des résistances et des permanences, tantôt des vulnérabilités devant l’histoire.

Sous le titre en occitan des Contes dels Balssàs, comme l’a écrit Uta Hahn (2025, p. 353-366), Joan Bodon donne non pas une traduction, mais un éclairage qui annonce son propos : Les ancêtres d’Honoré de Balzac, titre de l’édition bilingue de 1953. Cette annonce se prolonge dans le prologue dont nous pensons qu’il a pu avoir pour fonction d’inscrire ces contes dans le contexte de la campagne rouergate de l’après-guerre : il les situe lors d’une veillée entre voisins, dans la maison natale de Bernard-François, père d’Honoré de Balzac. Les gens du lieu mentionnent et commentent des éléments de la vie de ces deux personnages. Il est ainsi dit à ceux du Ségala aveyronnais ou tarnais que cette histoire est aussi la leur. Ceci nous ouvre aux intentions pédagogiques et militantes de Joan Bodon : il donne une traduction-palanca [passerelle] entre le français et l’occitan dont le public des années 50 était locuteur mais pas lecteur.

Se fiant à une adresse de Joan Bodon à Marius Valière (ms 335/1952/7, BM Albi), Dominique Roques-Ferraris estime aussi dans son ouvrage Joan Bodon. Contes populaires et autofictions (2020) que les autotraductions boudouniennes ont un caractère pédagogique, comme l’écrivain semblait lui-même le suggérer :

En traduisant mot à mot, les gens apprennent à lire. Si personne n’apprend à lire, notre langue est perdue. […] Alors je crois que pour le moment, il faut une traduction qui soit le plus possible mot à mot. (Roques-Ferraris 2020, p. 99)

Plus loin, citant l’écrivain, elle ajoute qu’il utilisait à l’occasion cet exercice pour améliorer son style... en occitan (Roques-Ferraris 2020, 295) : « Se la mia reviradura va pas es per que lo meu text en òc es garrèl, que l’estil es mancat. » [Si ma traduction ne va pas, c’est parce que mon texte en oc est bancal, que le style est raté] (ms. Boudou 27/08/1954, BM d’Albi). Le mot reviradura plutôt que revirada ne donnerait-il pas à entendre la besogne plutôt que la qualité du résultat ? Joan Bodon a habitué ses correspondants et lecteurs à des aveux teintés d’une certaine autodérision. Ne cache-t-elle pas une ambition littéraire dont il n’est pas aisé de mesurer les enjeux ?

2.1. Des choix lexicaux pour l'odonymie et l'oronymie

Intéressons-nous ici à des adaptations ponctuelles ou réexpressions selon les critères de Georges L. Bastin pour qui l’« adaptation » est une façon de traduire ce qui est considéré comme a priori intraduisible (Bastin 1993, p. 473-478).

L’exemple type est le cas de la désignation « lo(s) travèr(ses) » utilisée en français régional mais qui n’est répertoriée dans aucun dictionnaire français. Aucun mot ne fait exactement écho au relief accidenté qu’il représente : côteaux, flanc des collines, pentes escarpées, penchants abrupts... Joan Bodon a choisi « le(s) ravin(s) » (du Viaur) :

En amont pel travèrs lo gòrre duganèl amodèt son cridal.
Là-haut dans le ravin l'affreux petit duc commença de jeter son cri.
(« Lo maridatge de Balssanon », Contes dels Balssàs, p. 60-61)
De paisans miserables que fugissian las malvetats de qualque senhor se rescondian dins los travèrses.
Des paysans misérables qui fuyaient les duretés de quelque seigneur se cachaient dans les ravins.
(« Lo pont del siure », Contes dels Balssàs, p. 54-55)

Il peut arriver que Joan Bodon recherche quelques mots oubliés du français « Ara sèg aquela carral / Maintenant suis ce layon » (« Balssanon », Contes dels Balssàs, p. 46-47), mais il peut aussi donner un indice au lecteur français grâce à une paraphrase qui, tout en précisant le sens du mot, accentue le suspens :

Davant, darrièr, pels camps, sus la carral, de monde fugissián. Mas lèu totes aqueles miserables s’encordelèron sus la dralha, sus l’ancian camin del bestial.

Devant, derrière, dans les champs, sur le mauvais chemin, des gens fuyaient. Mais bientôt tous ces misérables formèrent une file sur la « draille » : l’antique voie des troupeaux. (« Balssanon », Contes dels Balssàs, p. 28-29).

Les différents chemins le long desquels marchent les héros sont la métaphore de leur destinée et de l’action évoquée. L’écrivain porte une attention particulière à la traduction des termes employés communément par les habitants occitanophones du Ségala : camin / chemin ou route ; camin grand / grand chemin ; camin de tèrra / chemin creux ; carral / mauvais chemin, layon, chemin de chars, sentier ; la dralha, ancian camin del bestial : la « draille », antique voie des troupeaux ; vial / sentier ; acorchi / raccourci ; carrièra / rue... (Ginestet 1997, p. 79-121).

Autre mot du Ségala, un costilh devient un raidillon ou reste un « coustil » (« Ardoïn lo primièr Balzac / Ardouin le premier Balzac », Contes dels Balssàs, p. 102-103) et un puèg reste un « puech » et rarement traduit par une colline ou un côteau : l’acrina del puèg / la cime du puech (« La Pàstrà de Font-Fàïnà [sic] », Contes dels Balssàs, p. 280-281)

2.2. Des transcriptions de mots perçus comme intraduisibles

À la traduction ou non des noms courants ayant trait aux voies de circulation ou au relief, vient s'ajouter celle des patronymes et toponymes et des noms qui désignent des personnages caractéristiques.

La famille des Balssàs devient « les Balssas », au pluriel en français, car comme le dit la note de la p. 25 de ces Contes : « Les Balssas ne formaient pas une famille mais une véritable tribu. J’ai cru bon en français d’écrire leur nom avec le s du pluriel. » Les noms occitans des membres de la famille sont modifiés en français au bon vouloir du traducteur fidèle aux pratiques des locuteurs bilingues de son entourage : Balssà lo vièlh, la Balssana, Balssanon / le vieux Balssa, la Balssane, Balssanou. (« Balssanon », Contes dels Balssàs, 28-29)

Pour l’enfantet ou l’enfantonèl, on peut trouver « l’enfançon » plutôt que « le tout petit enfant », mais Riconèl, le tout petit Henri, reste « Ricounèl » (Contes del meu Ostal, p. 18-19).

Le curé de la paroisse, lo Rictor en occitan tarnais est « le recteur », ce que Joan Bodon justifie dans une note (« Lo Maridatge de Balssanon », Contes dels Balssàs, p. 72-73). Et ceci n’empêche pas l’ironie en français avec les capelans qu’il nomme « ensoutanés » :

Mas l’ase del pagés, que el tanben coma son mèstre, aimava pas ni lo latin, ni los capelans, sortiguèt lo cap pel fenestron e bramèt : i an! i an! tant que lo curat siaguèt aquí.

Mais l’âne du « pagès » qui lui aussi, comme son maître, n’aimait pas ni le latin, ni les ensoutanés, passa la tête à la lucarne et se mit à braire : hi han... hi han tant que le curé resta là. (« Lo meu ostal » Contes del meu ostal, p. 12-13)

Il a conservé le mot « pagès » pour désigner les paysans aisés :

Lo pagés content li donèt una escudèla mas pas la pus nòva e Balssanon partiguèt pel bòsc, pel grand Bòsc-Redond que s’espandissà alara dins als travèrses de Viaur.

Le « pagès »7 content lui donna une écuelle mais pas la plus neuve et Balssanou partit dans le bois, dans le grand Bois Redond qui s’étendait en ce temps-là jusqu’aux ravins du Viaur. (« Balssanon », Contes dels Balssàs, p. 34-35)

Les « nòvis » désignent les jeunes mariés le jour de leurs noces :

La joventa closquèt lo topinon. Dedins i aviá tres loïses d’aur e una baga de maridatge: los presents de noviatge del lopgaron.
Qualques jorns davant sant Joan, a Montirat, Clara e Balssanon se maridavan. Los dos nòvis se donavan lo braç.

La jeune fille brisa le petit pot. Dedans il y avait trois louis d’or et une bague de mariage : les cadeaux de fiançailles du loup-garou.
Quelques jours avant Saint-Jean, à Montirat, Claire et Balssanou s’épousaient. Les deux « nòvis » se donnaient le bras. (« Lo maridatge de Balssanon », Contes dels Balssas, p. 70-71)

Une fois la noce passée, les mêmes seront des « novèls maridats », des nouveaux mariés (p. 73). Quand le père de Cristiana dans le chapitre X de « La Promessa » de La Grava sul camin, insiste pour que les « nòvis », Enric et sa fille Cristiana, s’embrassent le jour de leur première rencontre, c’est que, dans l’esprit du père, le baiser scelle ce mariage arrangé.

Le « cabretaire » reste le joueur de la cornemuse régionale par souci d’exactitude et souci fonctionnel de s’inscrire dans les codes communs :

Sortiguèron del camin mièja dotzena de jovents mal vestits, peluts, borruts, escrifats, cadun son fusil. Davant, veniá lo cabretaire.

Du chemin sortirent une demi-douzaine de jeunes gens mal vêtus, poilus, chevelus, déchirés, avec chacun son fusil. Devant venait le « cabretaïre ». (« Lo temps novèl. Epilòg », Contes dels Balssàs, p. 308-309)

Le lecteur prend ses repères dans un monde autre, marqué par les noms de familles, les prénoms augmentés de suffixes féminisants ou hypocoristiques et surtout dans un espace nommé grâce à des toponymes et microtoponymes souvent réels et parfois fictionnels. L’équivalent français ne rend pas compte du sens occitan et n’est souvent qu’une francisation. Toutefois, comment un lecteur francophone et monolingue prononcerait-il ces toponymes occitans ? Confronté aux deux textes occitan et français il peut au moins constater la déprise linguistique. Ainsi Joan Bodon traduit-il « Las Molencas » par « Les Moulenques », « lo Bòsc Redond » par « le bois Redond », « la font del Roc » par « la font du Roc », « Telhet » par « Teillet », « Lo puèg de caçalop » par « le puech de Casseloup », « la Nogairiè » par « la Nougayrié », « la Peirada » par « la Peyrade », « Frejaires » par « Fréxaires »...

Et quand il s’agit de témoigner de la langue occitane parlée par les personnages, Joan Bodon a tenu à la montrer dans sa diversité, fût-ce de façon négative comme dans l’exemple ci-après. L’attachement exclusif à une variante locale est utilisé pour stigmatiser l’autre et l’exclure. Une belle-mère fait du chauvinisme linguistique pour humilier sa belle-fille Doria, originaire d’un autre village : … las fabas e non pas las mongetas coma dizes tu... / les « faves » et non pas les « mongettes » comme tu dis toi... (« Lo Castèl de Raive », Contes del meu Ostal, p. 90-91).

2.3. Des choix de structures syntaxiques

Outre les choix lexicaux, il convient d’aborder quelques stratégies syntaxiques quand l’écrivain Joan Bodon veut rendre ses contes et son roman en français.

En occitan, il multiplie les inversions Verbe-Sujet qui portent l’élément actif en début de phrase. Cet effet a été étudié par Alain Rouveret dans une présentation d'un article de Noam Chomsky de 1982, « Some concepts and consequences of the theory of government and binding » (Chomsky 1986, p. 63) et par Michèle Oliviéri et Patrick Sauzet dans « Southern Galloromance : Occitan » (Oxford University Press, Ledgeway & Maiden eds 2016, p. 340).

Dans le récit de Joan Bodon transposé en français, le cas suivant, extrait de « L’anèl d’aur », est rare : S’endevenguèron los dos fraires. / Ils s’entendirent les deux frères. (Contes del meu ostal, p. 40-41). On remarque que le conteur maintient rarement l’inversion en français, comme s’il s’effaçait au profit du narrateur de romans : Trantolèt mai d’un ostal bastit sus tèrra de grava. Se desquilhèron los castèls. / Plus d’une maison chancela, bâtie sur la terre de sable. Les châteaux furent découronnés. (« La Catedrala », Contes dels Balssàs, p. 192-193). Mais la figure de l’inversion peut être traduite avec un effet de miroir dans le texte français, ce que l’on pourrait interpréter comme un désir de quête d’un style en français. Dans la citation suivante, l’ordre initial VS et SV devient SV et VS : S’atudèt la flama clara e la filha moriguèt. / La flamme claire s’éteignit et mourut la jeune fille. (« L’aucèl blu », Contes del meu ostal, p. 38-39).

Quand la phrase s’enrichit de circonstanciels (temps, lieu, manière), l’autotraducteur modifie souvent l’ordre syntaxique, tantôt relatant simplement les faits, tantôt se préoccupant du rythme du paragraphe : D’aquel temps de bandits ambe de palas acataban lo trauc. / De ce temps les bandits recouvraient le trou à la pelle. (« Floreta e Pietonèl », Contes del meu ostal, p. 80-81). Des temps verbaux peuvent s’en trouver modifiés si bien qu'un imparfait de second plan (contexte de l'arrivée de l'oiseau) peut devenir un passé simple qui place au premier plan et lui donne un caractère singulier dans le récit :

Cramaba de menudalhas per s’aparar de l’ivèrn.
Pour se protéger de l’hiver elle fit un feu de brande.
(« L’aucèl blu », Contes del meu ostal, p. 36-37).

Dans la traduction de La Grava sul Camin, l’ordre syntaxique est souvent modifié : Tayèb, que se languissiá, farà lèu une setmana que partiguèt a pè. / Tayeb qui se rongeait d’ennui est parti voilà bientôt une semaine, à pied (« Sul camin de Praga », 38-39). L’insistance sur la durée est remplacée par la pénibilité du trajet effectué à pied. Il arrive aussi à Joan Bodon de laisser de côté le pronom qui devrait être redoublé pour désigner d’un côté les Français libérés, « nous, nous... », et de l’autre le pays accusé, « toi, tu... » : Alemanha, Alemanha : marrit païs ! Nosautres partissèm, mas tu demòras... / Allemagne, Allemagne : mauvais pays ! Nous partons mais toi tu demeures... (« Sul camin de Praga », 40-41). Ici, il conserve l’écho du final de la célèbre chanson de carnaval ironiquement adaptée au pays qui va devoir assumer les conséquences du nazisme.

3. Des « palancas » entre les langues à l’élaboration d’un paysage sonore

Au-delà des Contes, dans les romans occitans de Joan Bodon, le rythme, avec ses motifs récurrents reste reconnaissable : ses phrases sont ponctuées de façon particulière dans une architecture visuellement mise en évidence par les espaces entre les paragraphes courts. Et à cela s’ajoute une ponctuation sonore et une pensée intrinsèquement liée à la métrique. Le souvenir rapporté par son camarade du cours complémentaire de Naucelle, André Sérieys, témoigne de ce rapport au rythme :

Se metiá sul perronh [sic], i aviá totes los dròlles pichons aquí que li fasián lo torn e lor contava las istoèras en tustant amb lo cotèl. Me sembla que encara lo vesi amb lo cotèl que la lama teniá pas e fasiá « clòc, clòc, clòc » e tot lo temps contava sas istoèras. Teniá aquò de sos parents, los Balsàs de la Ribièira, que n’i aviá qu’èran contaires.

[Il se mettait sur le perron, il y avait les petits, là, qui l’entouraient et il leur racontait les histoires en frappant avec son couteau. Il me semble encore le voir avec son couteau dont la lame ne tenait pas et il faisait « cloc, cloc, cloc » et tout le temps il racontait ses histoires. Il tenait ça de ses parents, les Balsa de la Rivière, dont certains étaient conteurs8.

3.1. Structuration en chapitres, paragraphes et ponctuation logique

Avec son texte français en regard, que ce soit pour Contes del meu Ostal, Contes dels Balssàs ou pour La Grava sul camin, conçus en occitan, Joan Bodon élaborait un texte en symétrie. De façon générale, dans l’aller-et-retour entre les deux textes, l’imaginaire du lecteur se précise et peut se rectifier, même si Joan Claudi Forêt estime, pour sa part, que la présentation en regard d’un texte occitan et de sa traduction en français rend « trop manifeste l’inféodation d’une langue à l’autre. » (Forêt 2015, p. 140).

En raison des conditions de publication occitanes de l’époque (1951-53), la ponctuation des autotraductions des Contes de ma maison et des Ancêtres d’Honoré de Balzac ne nous semble pas suffisamment fiable pour que nous puissions tirer des conclusions certaines sur le travail logique de l’autotraducteur Joan Bodon. Que penser par exemple de Escalciguèt bolhons e carns... / Elle versa la soupe bouillante, et les viandes (« L’aucèl gris », Contes del meu Ostal, p. 20-21) ? Le français semble insinuer que la viande, sans doute moins abondante que le bouillon et le pain, venait en plus de l'ordinaire. Deux actions séquentielles sont souvent rendues en occitan grâce au « e » conjonction de coordination, mais sont fréquemment perçues comme indépendantes en français, accentuant ainsi le phénomène de parataxe évoqué par Uta Hahn dans son article déjà mentionné (2025). On constate que la narration en français éloigne parfois le lecteur des effets particuliers aux contes oraux :

La mairastra brandissiá la balaja e sonèt la sia filha.
La marâtre brandissait le balai. Elle appela sa fille (« L’aucèl gris », Contes del meu Ostal, 26-27).
Sortiguèt de la siá guirba, de lana roja, plus roja que lo vin e que lo sang e demorèt pensatiba l’escòu entremièch las mans
Elle sortit de sa corbeille de la laine rouge, plus rouge que le vin et que le sang. Elle demeura pensive la pelote dans ses mains (« L'aucèl blu », Contes del meu Ostal, 32-33).

Dans les éditions originales, chapitre après chapitre, on note le nombre important des points de suspension aussi bien en occitan qu'en français9. Pour le conteur oral et l’écrivain bilingue Joan Bodon, il s’agissait de traduire dans des textes écrits l’espace de silence nécessaire à la création du paysage sonore qu’un conteur offre à son auditoire pour qu’il ait le temps d’élaborer une image mentale :

Puèi ne tirèt una autra : « Tretze ! Comptèt... aqui la finicion !... » E virada a la revèrs tant ben la pausèt davant el.
Alara comandèt : « Ara mon filh, totjorn de la man esquèrra, causis una d’aquelas cartas, revira la... 
»

Puis il en tira une autre, il compta : « Treize... Voici la conclusion... » Et retournée comme les autres il la posa devant lui.
Alors il commanda : « Maintenant mon fils, toujours de la main gauche choisis l’une de ces cartes, tourne-la... » (« Lo jòc de las cartas », Contes dels Balssàs, 146-147)

Brièveté du phrasé et aménagement de pauses grâce aux points de suspension sont caractéristiques de l’écriture de Joan Bodon, mais comment transposer dans la langue française l'effet conjugué de ces deux particularités ?

3.2. Rythme, assonances, mélodie, incantation

Joan Bodon a évoqué sa quête du rythme en rapport avec la poésie castillane en 1941 et, dans La Revue du Tarn de l’automne 2010 (p. 547-550), est rapporté un autre souvenir de cour d’école, de la part de Sérieys, camarade de ‘Clamenç de Briana’, futur Joan Bodon :

Anava cap als pus joves, s’assetava sus l’escalièr de pèira e contava, dins son occitan mairal, lo Drac, las trèvas, las caunas misteriosas ont d’aucas-mascas coavan d’uòus d’aur, las campanas negadas del vilatge-fortalesa de Mirandòl que sonavan, de negra nuèch, la mòrt d’enfantonèls sacrificats. Los dròlles èran pivelats. Se un adult avertit aviá escotat aqueles contes, seriá estat susprés pel ritme, per l’assonància, per la melodia d’aquesta incantacion. Mas qual escotava ?

[Il allait vers les plus jeunes, s’asseyait sur l’escalier de pierre et contait, dans son occitan maternel, le Drac, les âmes errantes, les grottes mystérieuses où des oies sorcières couvaient des œufs d’or, les cloches englouties du village-forteresse de Mirandol qui sonnaient, à la nuit noire, la mort de petits enfants sacrifiés. Les enfants étaient fascinés. Si un adulte averti avait écouté ces contes, il aurait été surpris par le rythme, l’assonance, par la mélodie de cette incantation. Mais qui écoutait ?]

La fin du prologue des Contes del meu ostal nous semble illustrer les propos de son ami Sérieys. Marie-Jeanne Verny a souligné combien les textes en prose conservent très souvent des motifs des premiers poèmes de l’écrivain dans son article « Jean Boudou : une prose au miroir de la poésie » publié dans l’ouvrage Relire Jean Boudou / Tornar legir Joan Bodon (Verny 2025, p. 159-186). Ceci est perceptible dès le premier conte, « Lo meu ostal » de Contes del meu Ostal (p. 14-17) où la prose de Joan Bodon pourrait être transposée en vers octosyllabiques :

Ai reculits aqueles contes, (1) / los ai sarrats dins un libron (2) / que portarai dins la nuèch sorn’ (3) / a l’amagat dins l’ostal nòu. (4) //

Lo mespresaretz aquel libre (5) / : se vos desplai lo cramaretz. (6) / Benlèu al trast amb las iranhas (7) / lo daissaretz a se languir. (8) / Pr’aquò se un filh de la miá tèrra (9) / a la velhada lo legís (10) / serai pagat de la miá pena, (11) / serai content, ieu me sufís. (12) //

J’ai recueilli tous ces contes, je les ai serrés dans ce livret que j’apporterai dans la nuit sombre, en me cachant, dans la maison nouvelle.

Vous le mépriserez ce livre : s’il vous déplaît vous le brûlerez. Peut-être sous les combles avec les araignées vous le laisserez se morfondre. Pourtant si un fils de ma terre le lit à la veillée je serai payé de ma peine, je serai content, cela me suffit.

La fin du chapitre s’inscrit dans la rythmicité de l'octosyllabe du romance, même si la mise en page sous forme de prose n’en tient pas compte. Dans les segments 2 à 4, le dire épouse le mouvement : comme dans la chanson ou le conte de l’oralité, le geste vocal s’inscrit dans le geste réel. Les segments 7 et 8 s’étirent comme s’étire « lo languir » [la nostalgie]. « Pr’aquò » marque une rupture et les segments 9 et 10 portent une tension jusqu’au verbe « legís » renvoyé en fin de vers ; l’anaphore (serai-serai) et la présence de la plosive « t » sur la quatrième syllabe des segments 11 et 12, retarde la cadence. La tension trouve sa résolution dans l’assonance, le dernier mot se pose dans un souffle : « sufís ». En français, rien de cette rythmicité ni du rapport quasi mimologique au souffle et à l’effort, à la tension et à sa résolution, ne peut se dire.

Joan Bodon n’a jamais cessé d’écrire en poète, depuis le conte « L’aucèl blu » (Oc, 1963) jusqu’au Libre dels Grands Jorns (CEO, 1968). Il l’explique en 1965 :

En çò que concernís lo ritme del libre dirai pas qu’es escrich en vèrses. Mai pr’aquò en primièr auriái volgut ieu escriure en vèrses. Puèi unes me diguèron que caliá de pròsa. Puèi que los vèrses a la mòda d’un còp èra aquò se fasiá pas mai. Aviái escrich un librilhon de vèrses que se disiá La cançon del país. Carrère lo deviá publicar. puèi tot se perdèt. E me metèri a la pròsa. Un conte coma L’aucèl blu dels Contes del meu ostal en primièr èra estat escrich en vèrses, fugissi pas pr’aquò lo ritme. (« Lettre à J.-M. Petit du 19-2-1965 » in Jean-Marie Petit 1987, p. 127)

[En ce qui concerne le rythme du livre, je ne dirai pas qu’il est écrit en vers. C'est pourtant bien en vers que j’aurais voulu l’écrire dès le début. Puis certains m’ont dit qu’il fallait de la prose, que les vers à la façon d’autrefois n'étaient plus de mise. J’avais écrit un petit recueil de poèmes intitulé La chanson du pays. Carrère devait le publier, puis tout a été perdu. Et je me suis mis à la prose. Un conte comme « L’oiseau bleu » des Contes del meu ostal était d’abord écrit en vers, je ne fuis pas le rythme pour autant.]

Le conte « L’aucèl blu – L’oiseau bleu », mentionné plus haut comme d’abord pensé en vers, garde dans les couplets chantés par l’oiseau la rythmicité de l’octosyllabe ou d’une alternance de 7/8 syllabes (Contes del meu ostal, p. 28-29). Le vers de 7 syllabes appelle cependant un mélisme10 sur la voyelle ouverte è et met ainsi en relief le mot bèla. Les vers sont assonancés et la récurrence de bèla à l’hémistiche apporte, outre une rime intérieure, un effet d’ostinato :

Filha bèla, filha bèla (8)
filha bèla de l’amor (8)
Se sabiás çò que t’espèra (8)
comprendriás la tia dolor (8)

Belle fille, belle fille
De l’amour et du bonheur
Je vois ta larme qui brille
Mais je comprends ta douleur...

L’oiseau chante, sa chanson est parole essentielle, propitiatoire des destinées humaines, car il est messager des cieux. La version française rend compte du rythme, des assonances et de l’ostinato. Comme par une mise en abîme, il invite ici un troisième interlocuteur qui dit « Je » : serait-ce l’écrivain lui-même ? Tout au long du conte, les parties dialoguées portent en occitan la rythmicité de l’octosyllabe mais la traduction n’en fait pas état.

Le « retinton » est un court passage chanté comme un refrain, un jeu de son et un jeu de sens qui porte au plus haut l’art du conteur et du chanteur. Joan Bodon parvient-il à transmettre en français ces retintons qui parsèment son œuvre ? Prenons par exemple « L’aucèl gris » (Contes del meu ostal, p. 20-21) :

E l’aucèl cantèt d’una votz que se plorava.

« Ma mairastra pica pastra

M’a bolit, m’a rostit

M’a portat al paire

Sus la coeta de l’araire...

Tira ri arriu. Tira ri arriu.

Encara soi viu. Encara soi viu... »

Et l’oiseau chantait d’une voix qui pleurait :

« La marâtre pique pâtre

M’a bouilli, m’a rôti

M’a porté au père

Sur le manche de l’araire...

Tira ri arriou. Tira ri arriou.

Je reste vivant, je reste vivant... »

Les quatre premiers vers rappellent le chant lent de la complainte, un genre dont les mélodies sont ornementées. Ils gardent le souffle de l’octosyllabe soutenu par la rime riche à l’hémistiche (v. 1 et 2, et fin des v. 1, 2, 3, 4). Dans la chanson dite traditionnelle, la part du retinton appelle souvent une rupture rythmique et mélodique : elle ouvre les guillemets d’une parole autre, accessible aux seuls humains sensibles à sa beauté singulière. Le conte, d’ailleurs, se finit en ces termes : « Aital s’acaba lo meu conte. Que me comprengue lo que me pòt comprene » / « Ainsi finit mon histoire. Qu’il la comprenne celui qui peut la comprendre ». L’adaptation en français peine à soutenir la portée mimologique du retinton.

Une difficulté se pose en outre : celle de la transcription de l’occitan avec le système graphique du français ; dans cette aire du Rouergue, la diphtongue -iu se prononce avec diérèse [iw], et non pas [ju] comme la transcription le donne à lire. Prenons un autre exemple dans le conte de « L’anèl d’aur » des Contes del meu Ostal (p. 48-49). Ici le retinton, comme dans les contes précédents, est un maillon essentiel à la dramaturgie. C’est à travers l’os d’un personnage mort de mort violente qu’un souffle magique porte la parole du défunt dans « L'anèl d'aur » :

Es Amalric lo meu ainat (8) → 1 carrure musicale11 A
Que m’a tuat (4)
E m’a panat (4) → 1 carrure musicale A
L'anèl d’aur qu’aviái trobat... (8) → 1 carrure musicale suspensive.... B

Nous retrouvons le rythme de l’octosyllabe. Si nous considérons les vers 2 et 3 comme deux parties d’un même vers, le chant reste en tension dans la phrase suspensive. Ainsi le retinton, dans un mouvement de crescendo, proclame la vérité, démasque les criminels et emporte dans son souffle tout le peuple du pays :

De monde venián de pertot. Lo suble [...] cantava de mai en mai fòrt. E totes los que venián, òmes e femnas, cantavan amb lo suble...

De partout les gens venaient. Le sifflet [...] chantait de plus en plus fort. Et tous ceux qui venaient, hommes et femmes, chantaient avec lui.

Dans les Contes dels Balssàs, c’est la parole des loups que Joan Bodon traduit : « Se parlavan entre eles en parlar lobatenc : “Ho... ho...” » / « Ils parlaient entre eux en parler louvetois : “hou... hou...” » (« Balssanon », 40-41). En occitan comme en français, il invente un mot pour désigner la langue des sorciers métamorphosés en loups-garous qui s’expriment en des termes très humains après que des humains qui avaient cheminé depuis le monde animal ne régressent et se comportent comme des bêtes sauvages. C’est par une décision collective que se termine leur prise de parole (p. 42-43). La décision des loups ainsi énoncée est majeure car elle conduit au sauvetage du personnage principal, fondateur de la lignée des Balssàs :

Lo menarem a la font (7) / nous le conduirons à la font (8)
e se cal lo portarem (7) / et s’il faut nous l’apporterons (8)

La traduction entraîne le lecteur francophone dans une rythmicité octosyllabique avec les [ũ] loubatencs qui deviennent des [ɔ̃] louvetois. La portée mimologique se trouve amoindrie dans le passage de l'occitan au français.

Conclusion

Les ouvrages de Joan Bodon composés et parus avec le texte français dénotent une conscience d’écrivain toujours à la recherche d’issues pour être lu et pour que la langue, la littérature et la culture occitanes et ses locuteurs ne tombent pas dans l’oubli. Il le fait en passeur entre genres littéraires et entre langues, en variant des stratégies de poète, de conteur, de pédagogue, de prosateur en occitan qui en viendra à écrire des chroniques en français. Créateur-transgresseur des frontières génériques, il voulait instiller dans le français, aux normes académiques éprouvées, un imaginaire qui n’était pas le sien. Et il y avait, à l’horizon, un lectorat qu’il pressentait plurilingue et prêt à apprécier le travail linguistique et culturel de l’écriture littéraire comme on apprécie le modelage d’une statue à partir des matières choisies par l’artiste.

Lui qui a exprimé avec force la rupture culturelle du XXe siècle, a composé dans un monde en constante mutation et on ne s’étonne pas que ses personnages soient toujours métaphoriquement en mouvement. Le monde rural où il était né, le Rouergue aveyronnais ou tarnais, n’ignorait déjà pas les mouvements et brassages de populations : ceux de ce pays partis au loin pour fuir la misère et les artisans ruraux ou mineurs venus de Pologne, d’Espagne (castillane et catalane), d’Italie, de Hongrie... et pour qui la langue au quotidien de leur pays d’accueil était moins le français que ce qu'on appelait le « patois »12.

1 Le fonds Jeanine Boudou déposé au CIRDOC en 2020 sera désormais noté : CIRDOC, fonds JB.

2 Selon le témoignage de sa fille Jeanine qui vivait avec son père en Algérie.

3 XVIII. Alba de l’Interlenga. Un amic que me comprenga / Dins cada pòrt de la nuèch. / L’amor es sus cada lenga, / L'estèla sus cada puèg […] CIRDOC

4 La question a été abordée par Dominique Roques-Ferraris (2021) et par la traductrice Uta Hahn (2025, p. 353-366).

5 « Lo meu ostal », Contes del meu ostal, p. 14-15.

6 Cette demoiselle homonyme avait été embauchée par la famille Boudou au Mauron pour s'occuper des deux fillettes aînées.

7 Le mot « pagès » est écrit avec un accent grave dans le texte en français. Sans doute Joan Bodon a-t-il choisi l'orthographe et la prononciation en

8 André Sérieys, nascut en 1921 a la Pruniá, Al Canton de La Salvetat-Peyralès, IOA, Conseil Départemental d’Aveyron, 1994, 110)

9 Les éditions postérieures en occitan ont parfois choisi de supprimer des points de suspension.

10 Le mélisme est un ornement musical : il se compose de plusieurs notes sur une des syllabes accentuées.

11 La carrure est une unité de mesure utilisée pour structurer une composition musicale.

12 Étude de Daniel Gonzalès sur l'occitan parlé sous terre dans les mines du carmausain (1973).

Bibliographie des ouvrages de Joan Bodon - Jean Boudou

Contes del meu ostal. Reculits per Joan Boudou. Avec une adaptation française, Villefranche-de-Rouergue, imprimerie Salingardes, 1951.

Contes dels Balssas. Avec une adaptation française : Les ancêtres d’Honoré de Balzac, illustrations de Marius Valière, Villefranche-de-Rouergue, imprimerie Salingardes, 1953.

La Grava sul camin, Toulouse, Institut d’Estudis Occitans, 1956.

Lo libre dels Grands Jorns, Lavit, Lo Libre occitan, coll. « Pròsa de uei », 1968.

Letras de Joan Bodon a Enric Mouly, Mairie de Naucelle, Societat dels Amics de Joan Bodon, 1986.

Contes del Drac, « Trésors d’Occitanie », CD, Vendargues, @Occitania productions, 2004.

Bibliographie critique :

Al Canton de La Salvetat-Peyralès, IOA, Conseil Départemental d'Aveyron, 1994, p. 110.

Bastin, Georges L., « La notion d’adaptation en traduction », Meta, XXXVIII, 3, 1993, p. 473-478.

Bonnafous-Valière, Lydie, Ginoulhac, Ramon, Lescalier, Bernard, « Entretien », Revue du Tarn, automne 2010, 547-750.

Calapodis, Michel & Hatzidaki, Elisa, « Du bilinguisme littéraire à la diglossie socio-historique », L’autotraduction : une perspective sociolinguistique, Christian Lagarde (dir.), Glottopol, n° 25, janvier 2015, https://glottopol.univ-rouen.fr/telecharger/numero_25/gpl25_12calapodis_hatzidaki.pdf

Chomsky, Noam, La nouvelle syntaxe : concepts et conséquences de la théorie du gouvernement et du liage, traduction augmentée d'une présentation et d'un post-script d'Alain Rouveret de «  Some concepts and consequences of the theory of government and binding » (Chomsky, 1982), Paris, Seuil, 1986, p. 63.

Couffignal, Gilles, « L’activité épilinguistique de Jean Boudou. Du discours sur la langue à l’autonymie », in Joëlle Ginestet et Cécile Noilhan (dir.), Relire Jean Boudou / Tornar legir Joan Bodon, Paris, Classiques Garnier, 2025, p. 287-306.

Couffin, Patrick, « Joan Bodon : 'Propos d'un occitan' », in Relire Jean Boudou / Tornar legir Joan Bodon, Paris, Classiques Garnier, 2025, p. 197-212.

Favriaud, Michel, 2011, « Plurisystème ponctuationnel, dimension, intensité des signes et architecturation du texte poétique », Langue française n° 172, Paris, Armand Colin, p. 83-98.

Forêt, Joan-Claudi, « L’auteur occitan et son double », L’autotraduction : une perspective sociolinguistique, Christian Lagarde (dir.), Glottopol, n° 25, janvier 2015, https://glottopol.univ-rouen.fr/telecharger/numero_25/gpl25_09foret.pdf

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Hahn, Uta, « Bodon traduit », in Joëlle Ginestet et Cécile Noilhan (dir.), Relire Jean Boudou / Tornar legir Joan Bodon, Paris, Classiques Garnier, 2025, p. 353-366.

Lagarde, Christian, « Des langues minorées aux “langues mineures” : autotraduction littéraire et sociolinguistique, une confrontation productive », L’autotraduction : une perspective sociolinguistique, Christian Lagarde (dir.), Glottopol, n° 25, janvier 2015, https://glottopol.univ-rouen.fr/telecharger/numero_25/gpl25_00lagarde.pdf

Manterola Agirrezabalaga, Elizabete, « Escribir y (auto)traducir en un sistema literario diglósico: la obra de Bernardo Atxaga », in Christian Lagarde & Helena Tanqueiro (éds.), L’Autotraduction aux frontières de la langue et de la culture, Limoges, Lambert-Lucas, 2013, p. 61-69.

Oliveira, Élodie de, Jean Boudou. La Canson del paìs, Toulouse, S.F.A.I.E.O, 2012.

Oliviéri, Michèle & Sauzet, Patrick, « Southern Galloromance : Occitan » in The Oxford Guide to the Romance Languages, Ledgeway & Maiden eds, Oxford University Press, 2016, p. 319-349.

Petit, Jean-Marie, « Jean Boudou et la tradition orale du conte occitan », Actes du colloque de Naucelle (27,28 et 29 septembre 1985), Béziers, Centre International de Documentation Occitane, 1987, p. 121-130.

Pujol Berché, Mercè, « La construcción de una identidad plurilingüe y la autotraducción al castellano de La meitat de l’ànima de Carme Riera », in Christian Lagarde & Helena Tanqueiro (éds.), L’Autotraduction aux frontières de la langue et de la culture, Limoges, Lambert-Lucas, 2013, p. 213-224.

Roques-Ferraris, Dominique, Joan Bodon. Contes populaires et autofictions, Paris, Classiques Garnier, coll. Études et textes occitans, 2020.

Scotto d’Abusco, Nicole & Vernières, Muriel, « Les Contes des Balssas de Jean Boudou : § I. Balssanou. Traduction en français », Bulletin de la Société des amis du vieux Saint-Antonin et de sa région en Quercy, Rouergue, Albigeois, 2025, p. 53-60.

Verny, Marie-Jeanne, « Jean Boudou : Une prose au miroir de la poésie », in Joëlle Ginestet et Cécile Noilhan (dir.), Relire Jean Boudou / Tornar legir Joan Bodon, Paris, Classiques Garnier, 2025, p. 159-186.

Verny, Marie-Jeanne, « De qualques letras de Joan Bodon a Robèrt Lafont (1950-1960) », in Amb un fil d’amistat, mélanges offerts à Philippe GARDY par ses collègues, ses disciples et ses amis réunis par Jean-François Courouau, François Pic et Claire Torreilles, Toulouse, CELO, 2014.

1 Le fonds Jeanine Boudou déposé au CIRDOC en 2020 sera désormais noté : CIRDOC, fonds JB.

2 Selon le témoignage de sa fille Jeanine qui vivait avec son père en Algérie.

3 XVIII. Alba de l’Interlenga. Un amic que me comprenga / Dins cada pòrt de la nuèch. / L’amor es sus cada lenga, / L'estèla sus cada puèg […] CIRDOC, fonds JB ; Sus la mar de las galèras, Tolosa, « 4 Vertats » ; IEO, coll. Messatges, 1975, p. 21. / Albe del Interlingue. Un amico quel comprende me / In chascun portu del nocte / Li amore sur chascun lingue / Li stelle sur chascun monte […] CIRDOC, fonds JB.

4 La question a été abordée par Dominique Roques-Ferraris (2021) et par la traductrice Uta Hahn (2025, p. 353-366).

5 « Lo meu ostal », Contes del meu ostal, p. 14-15.

6 Cette demoiselle homonyme avait été embauchée par la famille Boudou au Mauron pour s'occuper des deux fillettes aînées.

7 Le mot « pagès » est écrit avec un accent grave dans le texte en français. Sans doute Joan Bodon a-t-il choisi l'orthographe et la prononciation en français du nom de famille courant en Rouergue : « Pagès ».

8 André Sérieys, nascut en 1921 a la Pruniá, Al Canton de La Salvetat-Peyralès, IOA, Conseil Départemental d’Aveyron, 1994, 110)

9 Les éditions postérieures en occitan ont parfois choisi de supprimer des points de suspension.

10 Le mélisme est un ornement musical : il se compose de plusieurs notes sur une des syllabes accentuées.

11 La carrure est une unité de mesure utilisée pour structurer une composition musicale.

12 Étude de Daniel Gonzalès sur l'occitan parlé sous terre dans les mines du carmausain (1973).

Couverture Contes del meu ostal, bibliothèque privée.

Joëlle Ginestet

Patrimoine Littérature et Histoire, Université de Toulouse Jean-Jaurès

Article del meteis autor

Muriel Vernières

Centre de Formation Professionnelle Occitan – Région Occitanie