L’autotraduction dans/de la littérature occitane contemporaine :
un dossier à instruire

Christian Lagarde

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Christian Lagarde, « L’autotraduction dans/de la littérature occitane contemporaine :
un dossier à instruire », Plumas [En linha], 8 | 2026, Mes en linha lo 11 mai 2026, Consultat lo 14 mai 2026. URL : https://plumas.occitanica.eu/2087

Il est des questions dont la réponse confine à l’évidence, et que l’on s’abstient pourtant (ou pour cela même) d’aborder. Celle de l’autotraduction littéraire1 en domaine occitan, et plus largement dans le concert des langues minorées-minorisées-minoritaires, a pu constituer presque un tabou. Parce que c’est là un indice de la minoration-minorisation, de la dépendance d’une langue-culture à d’autres, et plus spécifiquement à une autre – cette dernière faisant souvent écran à d’autres, ou plus spécialement à une autre. Dans le cas de l’occitan, à l’évidence le français, lui-même en pareille posture vis-à-vis de l’anglais. Pourquoi parler ou débattre de ce que nous savons, pourquoi remuer le couteau dans la plaie ? Assurément, faire l’autruche n’apporte rien voire ne résout rien. Comprendre les mécanismes de la domination – ou comme on disait à une certaine époque, de l’aliénation –, comment elle(s) opère(nt) en amont même de l’acte créatif, dans la formation de ceux qui écriront, jusqu’à la réception de leurs œuvres, en passant par la chaîne de l’écriture et de la publication, voilà qui, en revanche, est digne d’intérêt. Surtout lorsque l’on constate le lien établi très tôt par Robert Lafont2, et dans son sillage Philippe Gardy dans la revue Lengas, entre sociolinguistique et approche sociolittéraire de l’écrit occitan3. Pourtant, Lafont n’aborde que très tardivement la problématique en tant que telle de l’autotraduction4.

Alessandra Ferraro, Rainier Grutman. L’autotraduction littéraire. Perspectives théoriques, 2016

Alessandra Ferraro, Rainier Grutman. L’autotraduction littéraire. Perspectives théoriques, 2016

La question – qui a le mérite d’être universelle, comme l’atteste la vaste bibliographie éditée par Eva Gentes5 – est davantage débattue outre-Pyrénées, où des littératures « périphériques » se confrontent à celle écrite en langue castillane-espagnole qui, comme la française, bénéficie d’un large arrière-ban héritage d’empire et d’un enviable prestige international. L’emprise nationale et d’inculcation scolaire plus faible, à laquelle est venue s’ajouter une structure d’État espagnol autrement décentralisée, explique le dynamisme de ces littératures objectivement satellites auxquelles l’occitane puisse se voir comparer. Dans un article destiné à une publication de synthèse autorisée sur la traduction en Espagne6, j’avais tenté, d’abord d’inclure cette spécificité, souvent traitée à la marge dans la recherche en traductologie, puis, à travers un panorama, d’établir une sorte de cartographie de la dépendance des littératures périphériques via l’autotraduction.

Les résultats (non chiffrés) parlent d’eux-mêmes : la dépendance à l’autotraduction vers l’espagnol est proportionnelle au degré de vitalité de la langue-culture et au degré de revendication politique – et de l’efficacité d’une politique linguistique – en sa faveur. Difficile en effet de comparer la situation aragonaise à celle du bloc catalano-valencien ou, en intermédiaires, de l’asturienne et la galicienne. Le sort du basque est quant à lui spécifique, à l’image de la distance de l’euskera vis-à-vis de son environnement roman, et préoccupant puisque malgré une politique éducative des plus volontaristes, la moitié de la production littéraire doit son rayonnement, dans le sillage de Bernardo Atxaga7, à l’autotraduction vers le castillan. Rapportée à ce tableau varié, la situation occitane se situerait entre l’asturienne et l’aragonaise, mais à grande distance de l’écrit catalan.

Au-delà de la simple perception du phénomène, surgit la problématique de sa quantification que l’on me permettra d’illustrer par une autre observation personnelle. Dans un débat avec le sociolinguiste Louis-Jean Calvet, récemment disparu, alors que je lui assénais, au sujet de son « Baromètre des langues du monde »8, le reproche d’une certaine désertion d’un militantisme perceptible dans ses premiers ouvrages de la discipline9 au profit d’une vision d’« observateur-commentateur boursier » des langues dans le monde, il me répondit : « Les statistiques sont une sorte de chiffon rouge sur lequel se jettent les taurillons. […] La question n’est pas pour moi de savoir s’il faut utiliser les statistiques : elles peuvent être utiles comme d’autres approches et ne font peur qu’à ceux qui en craignent les résultats »10. Argument recevable et bien reçu : ne pas évoquer les problèmes, entre autres au regard des données chiffrées11, c’est une des versions du « cachez ce sein que je ne saurais voir »…

Une autre version tient au fait que l’écriture et la littérature de langue d’oc contemporaines se sont construites à l’ombre de Mistral, notre seul Prix Nobel de littérature en date, selon un double phénomène d’attraction-répulsion : incitation-imitation-émulation vs rejet-démythification-contrepied. Et que la version française de Mirèio publiée en 1859, inférieure à l’original en qualité, sur la base de laquelle Mistral a conquis sa notoriété parisienne puis universelle, s’est révélée un modèle12, à suivre chez les félibres, source de malaise et de contorsions diverses dans le petit monde des auteurs occitanistes. Non pas qu’on n’ait aspiré à prendre sa place au sein de « la République mondiale des lettres »13 – les troubadours nous y ont depuis des siècles donné accès – mais parce qu’il en coûte de se reconnaître dépendant du « champ littéraire » français14, parce que force est d’admettre avec Jean-Claude Forêt que « tout auteur occitan, qu’il le veuille ou non, écrit dans l’ombre du français », que « pour tout auteur occitan, l’occitan est une langue récupérée » et que « le choix d’écrire en occitan suppose en lui-même une volonté de distance par rapport au français »15.

Pascale Casanova La République mondiale des Lettres, 1999, 2008

Pascale Casanova La République mondiale des Lettres, 1999, 2008

Pascale Casanova, trop tôt disparue, a remarquablement tracé le cadre dans lequel s’inscrit la traduction. Au-delà des statistiques globales recensées par le site de l’UNESCO dans son « Index Translationum »16, dans son article « Consécration et accumulation de capital littéraire. La traduction comme échange inégal »17, P. Casanova pose, au-delà de l’inégalité des flux et des statuts que rend visible la traduction (et partant, l’autotraduction), et selon une rhétorique marxiste bourdieusienne, les deux caractéristiques de cet « échange » : soit en vue d’augmenter le « capital » culturel d’une communauté linguistico-culturelle donnée, soit pour accéder, comme « consécration », à des sphères plus prestigieuses et des lectorats plus amples (les deux ne s’excluant pas). C’est à cette seule dernière voie que se rattache l’autotraduction à partir de l’occitan18, qu’illustrent le Prix Nobel de Mistral et la quête de reconnaissance et notoriété d’auteurs susceptibles, au pire, d’écrire pour leur tiroir, au mieux, de gagner l’estime d’un public réduit en nombre, souvent complaisant ou en règlement de comptes extra-littéraires – l’exiguïté19 du marché restreignant la critique.

L’autotraduction est en effet suspecte aux yeux de ceux désireux de constituer un champ littéraire occitan autonome – et non un sous-champ littéraire français. Par un acte considéré de soumission, elle vient enrichir le capital de ce dernier, autrement dit, en l’alimentant de ses (meilleures) œuvres, asseoir davantage son hégémonie. D’où, d’une part, la tentation d’une autotraduction prohibée, tolérée, contrôlée par les appareils militants associatifs (ici, l’IEO20), d’autre part, la pratique d’une autotraduction honteuse, réalisée à la dérobée parce que « vendue à l’ennemi » ; l’absence d’une politique nettement affichée, ou de ligne claire pour qui est à la fois auteur et responsable du collectif occitaniste ; l’inefficacité concrète d’éventuelles fatwa, au simple motif que l’acte d’écriture est irréductiblement individuel,21 et que la publication des œuvres peut également l’être, quoique ainsi rendue plus aléatoire voire condamnée à l’insuccès.

Mais revenons à la littérature et à la traduction littéraire. D’abord au prisme des genres, pour constater qu’ils instaurent, tant dans la pratique que dans la critique, un deux poids deux mesures. Pour faire bref, poésie et prose connaissent des sorts distincts. Traduire des textes poétiques est en soi un exercice différent du texte d’une nouvelle ou d’un roman. En premier lieu, en termes d’extension et par voie de conséquence d’investissement chronologique dans la réalisation, puis de coûts d’impression et de diffusion. Philippe Gardy mentionne les délais contraints dont a pu faire l’objet Mistral pour produire son Mireille et être au rendez-vous d’une publication bilingue ; Jean-Yves Casanova en témoigne pour la conversion de L’Enfugida en L’Enfuie22 (Casanova & Lagarde). On peut constater que, outre la difficulté en soi que présente l’exercice de la traduction, c’est souvent son caractère chronophage qui s’avère dissuasif en vue d’une nouvelle réalisation. Ensuite, parce que, aussi bien la forme que la langue poétiques, imposent des contraintes et ouvrent en même temps un champ de possibles autrement plus vaste et aventureux que la prose, et incitent davantage à la réécriture23. Qu’il s’agisse de prosodie, du mètre ou de sonorités, traduire la poésie est un pari sur lequel influe grandement le choix méthodologique, entre littéralité et recomposition en forme du « traduire » conceptualisé par Meschonnic24. C’est donc un exercice de virtuosité auquel ont volontiers consenti les auteurs occitanistes les plus intransigeants en matière d’autonomie de champ, et ce dès avant même la Libération, dans la collection Messatges de l’IEO25 et dans une remarquable continuité jusqu’à ce jour. Néanmoins, concernant la prose, on prendra garde de confondre littérarité et littéralité, qu’il s’agisse de la dénommée « prose poétique » ou non.

Ce débat est en connexion étroite avec celui portant sur la traduction transparente ou l’invisibilité du traducteur et une « éthique du traduire » promue par Antoine Berman26, dans laquelle il entend que soit reconnue la spécificité et l’irréductibilité de chaque langue-culture soumise au processus traductif. Lawrence Venuti27 ira par la suite plus loin dans une telle revendication, en dénonçant la transparence en traduction comme un acte d’invisibilisation de la diversité des langues-cultures au profit de celles qui se trouvent en position hégémonique, en dernier lieu la langue anglo-américaine et la civilisation qui l’accompagne. À l’évidence, des langues-cultures en danger, comme l’occitane, ne peuvent que faire les frais de cette invisibilisation : si elles se valent toutes en droit, la directionnalité des échanges qui s’effectuent à travers la traduction et singulièrement l’autotraduction n’est pas aussi neutre que ce qu’a voulu prétendre Umberto Eco28.

Umberto Eco, Dire presque la même chose, 2007

Umberto Eco, Dire presque la même chose, 2007

Tous ces questionnements, qu’ils soient à portée strictement occitane, de celle des langues et cultures minor(is)ées ou bien universelle, traversent sous différentes formes les articles présentés dans ce numéro 8 de Plumas. C’est là, comme on pourra en juger, une belle moisson, quand bien même beaucoup reste à faire pour explorer ce domaine29, le plus souvent abordé sous un angle monographique (correspondant aux nombreux travaux consacrés à telle œuvre ou tel auteur voire à telle ‘école’), mais non en tant que tel, dans sa transversalité et visant à une complétude – sans aucun doute illusoire –, dont il faudrait cependant nourrir l’ambition. Cette collection d’études, « ce n’est qu’un début… » et nous connaissons la suite !... C’est en ce sens que l’intitulé de ce chapitre introductif se justifie : nous avons affaire à un « dossier à instruire », comme domaine d’étude à investiguer, à compléter, vraisemblablement sujet à controverse, puisqu’abordé selon des positionnements différents voire opposés.

La cohérence du corpus d’articles qui constitue ce numéro de Plumas, préparée par l’appel à contribution, se trouve dessinée à réception des textes selon une approche tripartite de l’autotraduction dans la littérature occitane contemporaine.

Le dossier s’ouvre sur des questions générales (problématiques et panorama) avec trois contributions qui ouvrent des perspectives générales complémentaires. Tout d’abord, celle d’une problématisation d’ensemble des relations entre « Autotraduction, sociologie de la communication [et] politique(s) linguistique(s) » telle que la propose Georg Kremnitz. « Au terme d’une petite promenade », bien plus documentée et argumentée que ne le laisse présager son auteur, loin de se cantonner aux « quelques observations » annoncées, celui-ci pose en conclusion que « toute autotraduction est en même temps un phénomène de sociologie de la communication qu’il convient d’analyser également sous cet aspect et un fait de politique linguistique, même si les auteurs n’en sont pas toujours conscients ». Autant dire que l’acte d’écriture et celui de la traduction – assumés dans le cas de l’autotraduction par un seul et même individu – sont loin d’être aussi anodins qu’il pourrait y paraître, puisqu’ils possèdent une valeur sociolinguistique et sociopolitique autant que littéraire ou sociolittéraire.

L’article suivant déplace le focus du côté des auteurs dont les œuvres sont susceptibles d’être traduites par d’autres mains ou par eux-mêmes. Jean-Frédéric Brun, en tant que président du PEN-Club des écrivains de langue d’oc, oriente le débat sur le plan de l’élaboration et du respect d’une déontologie collective et internationale, fondée sur la défense et la promotion de la diversité linguistico-culturelle. Il s’agit de trouver, à l’échelle du PEN-club international, les termes et les moyens, à travers la ratification de chartes universelles et de déclinaisons propres à chaque domaine dont l’occitan, de nature à endiguer l’hégémonisme des grandes langues-cultures (et en particulier de l’anglo-américaine). Brun prend ensuite pour exemple la trajectoire de quelques grands auteurs contemporains occitans, et tout particulièrement celui de la conversion tardive, dit-il,30 de Max Rouquette à l’autotraduction.

C’est sur ce même plan que le troisième texte liminaire, signé Philippe Gardy, déploie un vaste panorama érudit des formes revêtues, tant en prose qu’en poésie, par l’autotraduction en domaine d’oc, de Mistral à nos jours. Autant de cas d’espèce, susceptibles selon Gardy, de configurer un « labyrinthe borgésien », d’autant plus riche que complexe, et d’autant plus complexe que les pratiques avérées de l’écriture, de la traduction et de l’autotraduction, ne coïncident guère, assez souvent, avec les postures (d’ordre idéologique et programmatique) proclamées parfois avec quelque fracas. Les clivages, nous montre Gardy, ne sont donc pas toujours là où on les attendrait, et les malaises observables, révélateurs du porte-à-faux dans lequel se trouve (individuellement et collectivement) l’auteur-traducteur-autotraducteur militant, à l’image de la diglossie qu’il prétend dénoncer et « retrousser ».

Viennent ensuite sept études de cas correspondant à différents auteurs-autotraducteurs des XXe et XXIe siècles : le provençal Joseph d’Arbaud, le nord-catalan Josep Sebastià Pons31, le rouergat Jean Boudou, le provençal Robert Lafont, le gascon Bernard Manciet et les provençaux Roland Pecout et Jean-Yves Casanova.

Dans l’article « Autotraduction : le sujet-écrivain Joseph d’Arbaud » qu’il consacre à ce grand auteur provençal (1874-1950), digne héritier de Mistral préoccupé des écarts auxquels il doit se résigner dans ses autotraductions, Jean-Yves Casanova, avant même de se référer à l’auteur et ses textes, formule des questions générales d’une importance capitale auxquelles il s’efforce ensuite de répondre à partir d’un point de vue, non pas sociolinguistique mais psychanalytique : « en quelle langue écrit un écrivain qui s’adonne à l’autotraduction ? […] l’écrivain s’inscrit-il dans deux langues distinctes, faisant œuvre d’une forme schizophrénique de l’inscription d’un Sujet, ou l’écriture entre deux langues produit-elle un méta-espace linguistique de l’entre-deux flou et insaisissable ? », pour envisager, comme clé des effets de la diglossie, que « l’inscription du Sujet-écrivain-d’oc est concomitante d’une deuxième inscription, celle du Sujet-écrivain-français qui emprunte le chemin d’une pratique entre les langues ».

C’est aussi en spécialiste de l’auteur que Miquela Valls aborde l’ensemble des autotraductions du roussillonnais Josep Sebastià Pons (1886-1962), pratiquant impénitent de l’exercice, dans le but de gagner un lectorat français (et) francophone, non seulement parce que, comme le souligne Valls, la diglossie locale le prive peu à peu de lecteurs, mais aussi (et cela n’est pas dit), du fait que la consécration tardera à venir « du Sud » (comme on le dit à Perpignan). De l’abondance des exemples analysés ressort un bilan mitigé si, comme l’analyste, on cherchait à y déceler une progression qualitative de l’autotraducteur : gains et pertes en expressivité alternent, faisant de Pons un créateur à parts plus ou moins égales dans les deux langues – donc un véritable écrivain bilingue. Ce que souligne néanmoins Miquela Valls, c’est à la fois la prégnance chez l’auteur d’un surmoi linguistico-culturel français de bienséance bourgeoise qui apparaît aujourd’hui suranné, contrairement à l’original catalan, et, chez elle-même, la naissance d’une démarche plus compréhensive que taxative, lui permettant de mieux se rapprocher du « génie poét[ique] » de Pons.

Selon Jean-Claude Forêt, pour Max Allier (1912-2002) « comme pour beaucoup d’auteurs occitans, l’autotraduction est un objet littéraire mal identifié ». Ce qui ne l’empêche pas d’être « l’un des poètes occitans qui l’a pratiquée de la façon la plus constante et la plus déroutante ». Ces deux superlatifs a priori antithétiques signalent chez Allier une série de paradoxes qui ne lui sont pas forcément propres : des positionnements éthico-idéologiques à l’encontre de l’autotraduction infirmés par la pratique traductive, au sein de celle-ci, des variations entre littéralité et réécriture. Cette dernière est motivée par l’idée-maîtresse selon laquelle la forme doit l’emporter sur le sens, et l’on peut constater qu’en se francisant, la poésie d’Allier se désoccitanise, parfois assez radicalement. Après un examen minutieux d’une série de poèmes qui balaient l’ensemble de l’œuvre, Forêt suggère d’inscrire les pratiques de l’ancien résistant communiste – qu’il nous montre toujours dans la remise en question de ses choix et de son écriture même – dans la problématique lafontienne qui prétend que l’auteur bilingue n’existe pas, qu’il ne peut véritablement habiter deux langues-cultures à la fois.  

Avec « Joan Bodon passeur de l’occitan au français », Joëlle Ginestet et Muriel Vernières nous entraînent sur les traces du premier Boudou (1920-1975) prosateur, des années 50 où les Contes del meu ostal (1951), les Contes dels Balssàs (1953) et La Grava sul camin (1956) sont édités en version autotraduite – le dernier sur fond de débat avec les prescriptions monolingues adoptées pour la prose par l’IEO. Les autrices mettent l’accent sur la dimension pédagogique (tant linguistique que graphique) qu’entend donner Boudou à sa démarche : le « passeur » transmet une langue-culture, ancrée dans le terroir, qu’il voit s’estomper, et il initie son lecteur à un code permettant de dépasser le lieu. Le travail mené par les autrices de l’article porte aussi bien sur des questions lexicales que stylistiques voire prosodiques. À cette époque, Boudou se définit en effet comme porté par une écriture de type poétique, en fait, puisée aux sources de l’oralité et sans doute inspirée de Machado voire de Lorca. C’est sur cette base que dans un premier temps il réécrit les contes puisés à la tradition, et cette marque ne cessera de se perpétuer par la suite à travers le style si particulier de l’écriture de ses romans qu’inaugure La Grava.

Il faut savoir gré à Claire Torreilles de contribuer, avec son « Robert Lafont : “Pourquoi se traduire ?” », à documenter le positionnement plutôt fluctuant de Lafont (1923-2009) sur le thème de l’autotraduction, et de ce fait à démythifier une norme édictée par lui-même à ce sujet. Car, au-delà du vaste champ de ses travaux universitaires, la partition (socio)linguistique de son œuvre, entre poésie occitane autotraduite et prose qui ne doit pas l’être au nom d’un certain « sens du sacrifice » ; essais durablement publiés à Paris et fictions qui s’y voient refusées (malgré l’investissement de l’inlassable « intercesseur » qu’a pu être pour lui Bernard Lesfargues auprès des éditeurs), interpelle. Torreilles rappelle à point nommé comment Lafont, en traduisant (sans le publier) son roman Tè tu tè ieu, a lui-même dérogé à sa propre analyse sur l’autotraduction selon laquelle nul ne saurait être un auteur bilingue à parts qualitativement égales et stipulant que l’exercice de la traduction, quand bien même on y prend(rait) du plaisir, devrait relever exclusivement d’un traducteur professionnel.

Vaste entreprise que de décoder l’œuvre (et la vie) de Bernard Manciet (1923-2005), à laquelle se livre Jean-Pierre Tardif, l’un de ceux qui en ont la connaissance la plus approfondie, pour qui la clé se situe précisément dans « La langue Manciet », aussi bien que dans ce que l’on pourrait dénommer en écho ‘la Lande Manciet’. Loin de l’extériorité d’exégètes reconnus qui s’égarent, comme Jacques Roubaud, pour bien décoder Manciet, nous montre Tardif, il faut faire corps avec un matériau volcanique – fusion et explosion à la fois – qui trouve à s’éclairer au prisme de l’autotraduction. Une autotraduction qui n’en est pas une à proprement parler, mais où le Landais donne toute la mesure d’une créativité profondément ancrée dans le génie bilingue et dans une culture qui sait faire le pont entre celle de l’enraciné et celle du cosmopolite, entre celle du « parlar negre » et celle du polyglottisme. Une autotraduction qui, poussée dans ses derniers retranchements, n’a nulle prétention à se limiter à l’être, puisqu’elle n’est que recherche ascétique de soi et des siens et pourquoi pas de Dieu.

Ensuite, Marie-Jeanne Verny retrouve la production littéraire de Roland Pécout (1948-2023) au prisme de l’interrogation « Mastrabelè de Roland Pécout : une œuvre bilingue ou deux œuvres en une ? » en annonçant d’entrée de jeu qu’elle examinera son « travail d’écriture en deux langues que l’on ne peut réduire à un processus d’autotraduction ». Du moins si l’on entend par là un exercice placé sous le signe de la littéralité. Verny s’emploie dans un premier temps, outillée du Tresor dóu Felibrige, à mettre en évidence une richesse polysémique, paronymique ou ‘suffixative’ du provençal de Pécout, supérieure à celle du français, qui se doit (mais le peut-il ?) d’être à la hauteur… de ce qui n’est en rien à vrai dire une compétition. Parce que, comme il est montré, c’est bien de la rencontre en dialogue des textes que naît un ‘hypertexte’ donnant toute sa valeur et son originalité à l’œuvre poétique d’un Roland Pécout par ailleurs auteur de remarquables proses, tradition oblige, non autotraduites.

C’est enfin à une analyse au ras du texte (et sur une portion seulement du corpus) que Christian Lagarde se livre à la comparaison du roman autotraduit L’Enfuie (2014) de Jean-Yves Casanova (1957-) et de l’original, L’Enfugida, publié dix ans auparavant (2004). Ce roman, qui a pour cadre l’arrière-pays provençal, est doublement complexe, tant par son intrigue qui entrecroise les points de vue narratifs que par le caractère exploratoire de son style. L’écriture, par périodes étirées basées sur le souffle long du texte de Casanova, rend l’exercice périlleux, même pour son concepteur, qui ne pouvait (ou souhaitait) guère prétendre à la littéralité. Aussi, parce que l’on passe d’un univers linguistique mais aussi culturel à un autre, voit-on se développer au long de ces pages un art de multiples petits glissements syntaxiques, sémantiques ou proprement lexicaux, la plupart du temps parfaitement maîtrisés, qui mènent à une réécriture délibérée, consentie, de l’original, sans pour autant que le texte sonne vraiment différemment ou perde en qualité.

Il nous est cependant apparu utile et même indispensable de ne pas en rester à une galerie de portraits d’auteurs emblématiques, et dans un troisième et dernier temps, de recueillir les expériences autotraductives de plusieurs auteurs, confrontés à des pratiques et des contextes tout aussi diversifiés que peut conduire à en connaître l’engagement militant occitaniste. C’est d’abord à un dialogue assez classique entre auteur-autotraducteur et lecteur que se livrent Jean-Yves Casanova et Christian Lagarde au sujet du couple L’Enfugida – L’Enfuie. Ensuite, Serge Javaloyès fait retour sur son expérience d’écriture sur commande de Sorrom-borrom, poème tellurique sur le Gave de Pau, dans la perspective d’une mise en musique et en scène (entre autres, à Gavarnie) par Jean-François Tisné. Puis Jean-Paul Creissac évoque son expérience autotraductive, à l’intention de non-occitanophones, dans le cadre d’un atelier d’écriture de son village de Montpeyroux. C’est cette même dimension de partage potentiellement empêché qui a poussé le rouergat Jean-Louis Courtial à écrire et publier des œuvres à vocation ‘populaire’ en version bilingue tête-bêche. Enfin, Éric Fraj explore les différentes formes d’autotraduction auxquelles a pu le conduire l’exercice de ses multiples facettes militantes d’auteur, de traducteur et d’interprète musical : un exercice d’auto-analyse lui aussi salutaire, d’autant plus qu’il se révèle emblématique de bien d’autres parcours individuels et de questionnements collectifs.

Sur la base fort bien posée du triptyque initial, susceptible de simples retouches, la galerie de portraits d’auteurs-autrices occitan(e)s autotraducteurs-atotraductrices ne demande – comme l’affirme sans ambages Gardy – qu’à être complétée, tant la diglossie franco-occitane a été et demeure productrice d’œuvres qui, malgré les multiples et louables efforts consentis en matière d’édition, peinent à atteindre la lumière publique, surtout dans des conditions de marché équitables, et sont de ce fait candidates potentielles à l’autotraduction pour accéder à une juste notoriété. La production incessante d’œuvres nouvelles et l’exploitation en ce sens de la vaste bibliothèque littéraire occitane fournissent à cet égard un immense corpus face auquel les forces actuelles de la recherche paraissent bien frêles. Puissent-elles se voir renforcées par de jeunes générations de chercheurs.

Le troisième volet de ce numéro, qui ne peut prétendre être qu’un simple débroussaillage, constitue une voie novatrice à côté de l’étude d’une littérature instituée et prétend à juste titre l’être encore davantage. Le cadre diglossique et surtout post-diglossique suggère ou impose d’aller à la rencontre de publics de moins en moins occitanophones, et de conquérir leur intérêt en vue de les conduire à acquérir d’abord une compétence passive de compréhension orale et de lecture, dans l’espoir de leur passage à l’exercice de la parole et qui sait de l’écriture. Cette démarche, qui est depuis assez longtemps déjà celle de la chanson et du théâtre, est éminemment stratégique. L’autotraduction littéraire, un temps considérée comme un acte impur de capitulation face à la domination du français, devrait être regardée comme un recours nécessaire et avisé au côté d’une expression occitane originale et irremplaçable dans le concert de la diversité linguistico-culturelle universelle.

1 Je renvoie aux définitions proposées par Rainier Grutman et en particulier à la dernière version publiée : Rainier Grutman & Trish Van Bolderen, “S

2 Il n’est que de constater que, dans les Cahiers du groupe de recherche sur la diglossie franco-occitane (prédécesseurs de Lengas), dès le n°1 (1974)

3 Alors que Lengas va fêter son demi-siècle d’existence, l’empreinte de Gardy sur l’orientation dans ce sens de la revue dite « de sociolinguistique »

4 Je renvoie aux mentions qui en sont faites par Georg Kremnitz dans son article ici même et à la contribution que Claire Torreilles consacre à Lafont

5 Eva Gentes (ed.), « Bibliography Autotraduzione Autotradución Self-translation » (XLII ed. Feb 2023), https://app.box.com/s/

6 Christian Lagarde,“La autotraducción: un proceso que no cesa”, in Francisco Lafarga & Luis Pegenaute (éds.), Planteamientos historiográficos sob

7 La notoriété de Bernardo Atxaga (1951-) dérive de son obtention en 1989 du Premio nacional [espagnol] de narrativa pour son œuvre autotraduite

8 « Baromètre Calvet des langues du monde », https://www.culture.gouv.fr/thematiques/langue-francaise-et-langues-de-france/agir-pour-les-langues/

9 Louis-Jean Calvet, Linguistique et colonialisme. Petit traité de glottophagie, Paris, Payot, 1974 ; La Guerre des langues et les politiques

10 Louis-Jean Calvet, Christian Lagarde et Marielle Rispail, « Cinquante ans après Linguistique et colonialisme », Lengas, 97 | 2025, http://journals.

11 Dans le corpus d’articles réunis dans le présent dossier, seul Courtial y a recours, encore qu’approximativement.

12 On en trouvera ici des échos plus ou moins développés, dans les contributions de Philippe Gardy, Jean-Frédéric Brun et Jean-Yves Casanova.

13 Pascale Casanova, La République mondiale des lettres, Paris, Seuil, 1999 ; 2e éd. 2008.

14 Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art : Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Seuil, 1992.

15 Joan Claudi Forêt, « L’auteur occitan et son double », Glottopol, 25, janvier 2015, https://glottopol.univ-rouen.fr/telecharger/numero_25/gpl25_

16 UNESCO, « Index Translationum », https://www.unesco.org/xtrans/bsform.aspx?lg=0

17 Pascale Casanova, « Consécration et accumulation de capital littéraire. La traduction comme échange inégal », Actes de la Recherche en Sciences

18 La récente traduction en occitan de la Bible par Jean Larzac (La Bíblia - Ancian Testament (traduction de Jean Larzac), Letras d’Oc, 2013) est en

19 Sur la notion d’exiguïté : François Paré, Littératures de l’exiguïté, Hearst, Le Nordir, 1992 ; François Paré & Nathalie Carré, Faire exister les

20 Sorte de magistère moral qui n’est rien, comparé aux contraintes exercées, de manière à chaque fois différente selon le contexte et les modalités

21 Sur ces questions, cf. mon article « The Three Powers of Self-Translating or Not Self-Translating: The Case of Contemporary Occitan Literature (

22 Réalisée dans la foulée de l’original (2004) et non pas une décennie plus tard (2014), comme les dates de publication ont pu m’inciter ingénument à

23 Problématique qu’illustre pleinement la partie de sa contribution que Jean-Frédéric Brun consacre à la résolution du doublon occitan autotraduccion

24 Henri Meschonnic, Poétique du traduire, Lagrasse, Verdier, 1999.

25 « La collection Messatges de 1942 à 1954 », Plumas, 1 | 2021, https://plumas.occitanica.eu/110 ; « La collection Messatges de 1954 à 1974 », Plumas

26 Antoine Berman, L’Épreuve de l’étranger. Culture et traduction dans l’Allemagne romantique, Paris, Gallimard, 1984 ; Barbara Godard, « L’Éthique du

27 Lawrence Venuti, The Translator's Invisibility: A History of Translation, New York, Routledge, 1995 ; The Scandals of Translation : Towards an

28 Umberto Eco, Dire quasi la stessa cosa. Esperienze di traduzione, Milano, Bompiani, 2003 ; Dire presque la même chose, Paris, Grasset, 2007.

29 Une remarque, au passage, dans ce sens : au sein du présent corpus, tous les autotraducteurs (y compris ceux qui témoignent à titre personnel) sont

30 La découverte récente d’échanges épistolaires tendrait, semble-t-il, à prouver le contraire ou du moins à inciter à nuancer.

31 L’inclusion de Pons dans notre corpus peut être de nature à soulever quelque objection. Pons assurément n’est pas occitan et n’a jamais prétendu l’

1 Je renvoie aux définitions proposées par Rainier Grutman et en particulier à la dernière version publiée : Rainier Grutman & Trish Van Bolderen, “Self-Translation.” in Sandra Bermann & Catherine Porter (eds.), A Companion to Translation Studies. West Sussex, Wiley-Blackwell, 2014, p. 323–332.

2 Il n’est que de constater que, dans les Cahiers du groupe de recherche sur la diglossie franco-occitane (prédécesseurs de Lengas), dès le n°1 (1974), Lafont en propose une sorte d’introduction : « Nivèls de lenga e lengatge dins l’escrich occitan » [repris du texte paru dans les n° 1 (genièr de 1969) et 2 (octòbre de 1969) d’Obradors], prélude au fondamental « Peuple et nature : sur la textualisation de la diglossie » (n°3, 1976). Mon article « L’autotraduction, exercice contraint ? », in Alessandra Ferraro & Rainier Grutman (dir.), L’Autotraduction littéraire. Perspectives théoriques, Paris, Classiques Garnier, 2016, pp. 21-37, revient sur cette orientation, qui sera développée dans l’article « « Lengas, une revue de sociolinguistique sui generis », à paraître dans le n° 100 de Lengas dédié à son cinquantenaire.

3 Alors que Lengas va fêter son demi-siècle d’existence, l’empreinte de Gardy sur l’orientation dans ce sens de la revue dite « de sociolinguistique » est indéniable.

4 Je renvoie aux mentions qui en sont faites par Georg Kremnitz dans son article ici même et à la contribution que Claire Torreilles consacre à Lafont lui-même.

5 Eva Gentes (ed.), « Bibliography Autotraduzione Autotradución Self-translation » (XLII ed. Feb 2023), https://app.box.com/s/52h3hwsqqty5l34j99hmxqlamb4814q0

6 Christian Lagarde, “La autotraducción: un proceso que no cesa”, in Francisco Lafarga & Luis Pegenaute (éds.), Planteamientos historiográficos sobre la traducción en el ámbito hispánico, Kassel, Reichenberger, 2023, p. 193-214.

7 La notoriété de Bernardo Atxaga (1951-) dérive de son obtention en 1989 du Premio nacional [espagnol] de narrativa pour son œuvre autotraduite Obabakoak

8 « Baromètre Calvet des langues du monde », https://www.culture.gouv.fr/thematiques/langue-francaise-et-langues-de-france/agir-pour-les-langues/innover-dans-le-domaine-des-langues-et-du-numerique/soutenir-et-encourager-la-diversite-linguistique-dans-le-domaine-numerique/barometre-des-langues-dans-le-monde-2022

9 Louis-Jean Calvet, Linguistique et colonialisme. Petit traité de glottophagie, Paris, Payot, 1974 ; La Guerre des langues et les politiques linguistiques, Paris, Payot, 1987.

10 Louis-Jean Calvet, Christian Lagarde et Marielle Rispail, « Cinquante ans après Linguistique et colonialisme », Lengas, 97 | 2025, http://journals.openedition.org/lengas/9833

11 Dans le corpus d’articles réunis dans le présent dossier, seul Courtial y a recours, encore qu’approximativement.

12 On en trouvera ici des échos plus ou moins développés, dans les contributions de Philippe Gardy, Jean-Frédéric Brun et Jean-Yves Casanova.

13 Pascale Casanova, La République mondiale des lettres, Paris, Seuil, 1999 ; 2e éd. 2008.

14 Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art : Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Seuil, 1992.

15 Joan Claudi Forêt, « L’auteur occitan et son double », Glottopol, 25, janvier 2015, https://glottopol.univ-rouen.fr/telecharger/numero_25/gpl25_09foret.pdf

16 UNESCO, « Index Translationum », https://www.unesco.org/xtrans/bsform.aspx?lg=0

17 Pascale Casanova, « Consécration et accumulation de capital littéraire. La traduction comme échange inégal », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 2002, 144, p. 7-20.

18 La récente traduction en occitan de la Bible par Jean Larzac (La Bíblia - Ancian Testament (traduction de Jean Larzac), Letras d’Oc, 2013) est en revanche la meilleure illustration de l’acquisition par l’occitan d’une pièce maîtresse en termes de son « capital » linguistico-culturel.

19 Sur la notion d’exiguïté : François Paré, Littératures de l’exiguïté, Hearst, Le Nordir, 1992 ; François Paré & Nathalie Carré, Faire exister les littératures de l’exiguïté, Paris, Éditions Double Ponctuation, 2021 ; Christian Lagarde, « L’« exiguïté » (François Paré, 1992), une notion obsolète ? », Glottopol, 40 | 2024, http://journals.openedition.org/glottopol/4348

20 Sorte de magistère moral qui n’est rien, comparé aux contraintes exercées, de manière à chaque fois différente selon le contexte et les modalités de pression, sur les auteurs dans des contrées voisines (Catalogne, Pays basque ou Corse) sous l’emprise de nationalismes plus ou moins pointilleux.

21 Sur ces questions, cf. mon article « The Three Powers of Self-Translating or Not Self-Translating: The Case of Contemporary Occitan Literature (1950–1980) », in Olga Castro, Sergi Mainer & Svetlana Page (eds.), Self-Translation and Power: Negotiating Identities in European Multilingual Contexts, London, Palgrave Macmillan, 2017, p. 51-70.

22 Réalisée dans la foulée de l’original (2004) et non pas une décennie plus tard (2014), comme les dates de publication ont pu m’inciter ingénument à le penser.

23 Problématique qu’illustre pleinement la partie de sa contribution que Jean-Frédéric Brun consacre à la résolution du doublon occitan autotraduccion vs. autorevirada par le PEN Club de langue d’oc qu’il préside.

24 Henri Meschonnic, Poétique du traduire, Lagrasse, Verdier, 1999.

25 « La collection Messatges de 1942 à 1954 », Plumas, 1 | 2021, https://plumas.occitanica.eu/110 ; « La collection Messatges de 1954 à 1974 », Plumas, 3 | 2023, https://plumas.occitanica.eu/667

26 Antoine Berman, L’Épreuve de l’étranger. Culture et traduction dans l’Allemagne romantique, Paris, Gallimard, 1984 ; Barbara Godard, « L’Éthique du traduire : Antoine Berman et le “virage éthique” en traduction », TTR, vol. 14, n° 2, 2e semestre 2001, p. 49–82.

27 Lawrence Venuti, The Translator's Invisibility: A History of Translation, New York, Routledge, 1995 ; The Scandals of Translation : Towards an Ethics of Difference, New York, Routledge, 1998.

28 Umberto Eco, Dire quasi la stessa cosa. Esperienze di traduzione, Milano, Bompiani, 2003 ; Dire presque la même chose, Paris, Grasset, 2007.

29 Une remarque, au passage, dans ce sens : au sein du présent corpus, tous les autotraducteurs (y compris ceux qui témoignent à titre personnel) sont masculins. En revanche (hors témoignages), la répartition hommes-femmes est proche de l’égalité.

30 La découverte récente d’échanges épistolaires tendrait, semble-t-il, à prouver le contraire ou du moins à inciter à nuancer.

31 L’inclusion de Pons dans notre corpus peut être de nature à soulever quelque objection. Pons assurément n’est pas occitan et n’a jamais prétendu l’être – Miquela Valls a tout lieu de le revendiquer comme catalan. Cependant, on peut invoquer qu’il a été formé littérairement en contexte français, puis qu’il a été « découvert » et reconnu par les occitanistes (d’abord Max Rouquette puis Yves Rouquette) et publié par l’IEO dans le premier volume de la collection « Messatges » (1942) avant d’être adopté par ce qui aurait dû être son centre ‘naturel’ : Barcelone. Si bien que l’apparente anomalie est loin d’être une incongruité.

Alessandra Ferraro, Rainier Grutman. L’autotraduction littéraire. Perspectives théoriques, 2016

Pascale Casanova La République mondiale des Lettres, 1999, 2008

Umberto Eco, Dire presque la même chose, 2007