Henri Espieux, directeur littéraire de Messatges, 1950-1960

Claire Torreilles

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Claire Torreilles, « Henri Espieux, directeur littéraire de Messatges, 1950-1960 », Plumas [Online], 1 | 2021, Online since 06 September 2021, connection on 02 December 2022. URL : https://plumas.occitanica.eu/248

En 1949 René Girard confie à Henri Espieux, jeune poète que vient de révéler Telaranha, la direction littéraire de la collection Messatges. Ses relations dans le monde littéraire, sa position à la tête de la section parisienne de l’IEO, son enthousiasme militant et son intelligence des textes le désignent comme un des piliers de la renaissance des lettres d’oc. Nous verrons comment cette charge évolue au cours de dix années d’exercice.

En 1949 Renat Girard fisa a Enric Espieux, jove poèta que Telaranha ven de revelar, la direccion literària de la colleccion Messatges. Sas relacions dins lo mitan literari, sa posicion de president de la seccion parisenca de l’IEO, sa vòlha militanta e son intelligéncia dels tèxtes ne fan un dels pilars de la renaissença de las letras d’òc. Veirem cossí evoluís aquela carga tot de long de dètz annadas d’exercici.

In 1949 René Girard entrusted Henri Espieux, a young poet whose Teleranha was revelatory, with the literary direction of the Messatges collection. The poet’s connections in the literary world, his position as head of the Paris branch of the IEO, his militant enthusiasm, and his understanding of texts mark him as one of the pillars of the renaissance of Occitan literature. We will see how this position evolved over Espieux’s ten years of activity.

Cet article est le texte d'une communication présentée dans le cadre de la Jornada d'estudis du 27 janvier 2018 (ReDoc-LLACS, Université Paul Valéry Montpellier III) : « La colleccion Messatges de l'IEO 1945-1960 ». 

Henri Espieux fut directeur littéraire de Messatges à partir de 1950 jusqu’à 1958 pour la série Quasèrns et jusqu’à 1960 pour la série Òbras. Au-delà des dates, il convient de s’interroger sur la nature exacte de la « direction littéraire de Messatges » exercée par Henri Espieux de Dieu Metge à L’Escriveire public (17 plaquettes1). Nos sources pour la période sont les correspondances conservées au CIRDOC2 entre Henri Espieux, Robert Lafont, Andrée-Paule Lafont, Ismaël Girard, René Nelli3.

Un récit de fondation

Le rédacteur en chef de la collection poétique est nécessairement celui de la revue Oc dont elle dépend. Ismaël Girard en est « directeur-gérant » et le co-fondateur avec René Nelli. Il écrit à Lafont le 20 janvier 1952 :

Revue Fontaine Alger 1944 et couverture du premier numéro de la collection Messatges

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Photo C. Torreilles et CIRDOC – Institut occitan de cultura

Quant à Messatges, il est exact que cette collection a eu pour origine une suggestion de Nelli, exprimée chez moi, en 1941 ou 1942, au cours d’un déjeuner en tête-à-tête. J’avais sur la table une plaquette de ce genre éditée à Alger par Fontaine. Nelli me dit : « Voilà ce que nous devrions faire, nous aussi. »
Dans les jours qui suivirent, j’étudiai les possibilités matérielles de l’entreprise. Nelli prépara son Entre l’esper e l’absencia. Je lui proposai pour titre de la collection : Messatges. Il me répondit : « Je n’en vois pas de meilleur. »
Ce fut tout. Avec ce détail que Nelli paya de sa poche la facture de sa plaquette (à l’époque : 700 f) »
Pendant que s’imprimait Entre l’esper e l’absencia nous songeâmes à donner à la collection un chapeau. Et nous pensâmes à Pons. Pons fut d’accord pour publier un choix de ses poèmes. Il suggéra que le choix soit fait par Frère4 et Rouquette. La plaquette de Pons parut après celle de Nelli, mais je les numérotai inversement Pons 1, Nelli 2. Rouquette a participé à la préparation de la plaquette de Pons qui fut financée sur le budget d’Oc (1500 f.) C’est tout5.

Messatges s’inspire des éditions de la revue Fontaine pour un certain style de typographie (sobriété de la couverture, titres en capitales placés en haut de page), mais surtout pour l’idée d’une collection poétique associée à une revue, et en l’occurrence une revue de haute valeur symbolique : Fontaine est la revue de la poésie de la Résistance. Girard dit avoir fait à Espieux le même récit en 1949 :

Lorsqu’Espieux a pris la direction de Messatges (mon principe a toujours été de faire appel aux jeunes) je lui ai conté ce que je viens de vous dire sur la genèse de Messatges. Il me proposa de faire figurer le nom de Nelli sur le justificatif des plaquettes. Cette proposition me parut des plus justes et ainsi il fut fait. Voilà toute l’histoire.

« Ours » des Quasèrns

Ours de Dieu Metge de Jean Mouzat 1950

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Photo C. Torreilles

« L’ours », ce pavé obligatoire de l’imprimeur (que Girard appelle « justificatif » et Lafont « générique ») placé en page de garde de chaque plaquette, enregistre les noms des responsables.

On passe d’une formule assez succincte, en 1949 (ours de Telaranha) : « la colleccion poetica Messatges creada per Ismaël Girard amb la revista Oc e publicada per l’IEO » à une rédaction marquée d’une certaine emphase, en 1950, (ours de Dieu Metge) : « La colleccion poetica Messatges qu’espeliguèt jos l’impuls d’Ismaël Girad e de Renat Nelli, la direccion literària n’essent assegurada per Enric Espieux ».

Viennent, après les indications techniques de tirage, le caractère, le nombre de tirages de tête sur beau papier, les autres, l’achevé d’imprimer, le nom de l’imprimeur, puis la mention essentielle : « Publicat per Oc » précisé : « Revista de las letras occitanas, Felix Castan n’estent lo cap de redaccion jos los auspicis de l’Institut d’Estudis Occitans » avec l’adresse. La reformulation porte la marque d’Espieux. Il y aura dans les plaquettes suivantes d’autres lourdeurs : parfois on donne le nom du président de l’IEO du moment et/ou le nom du secrétaire général6… » pour éviter de froisser des susceptibilités, qui sont froissées de toute façon. Lafont écrit le 2 février 1952 à Girard :

Le générique de Messatges est beaucoup trop long, et comporte trop de noms. Qu’il y ait le vôtre et celui de Nelli, c’est absolument normal. Celui de Castan n’est pas du tout nécessaire. Quant au mien, il est absolument oiseux et je vous demande de l’ôter.

L’ours de la série Òbras est plus sobre. En dernière page, en haut, l’« acabat d’imprimir » de l’imprimeur, en bas : « Director literari de Messatges, Enric Espieux. Administrator : René Girard ».

Girard est très sourcilleux de la présentation faite dans Oc des parutions de Messatges : « Oc publica »7. Pas question de ne pas afficher cette dépendance de Messatges à Oc, dit-il à Lafont dans une lettre du 16 septembre 1955, car « si c’est Oc, c’est l’IEO. »

Pourquoi Espieux ?

Parce qu’en 1950, il s’impose. Pour Girard avec qui il correspond depuis 1947, il représente l’espoir de la nouvelle génération. Il vient de publier Telaranha. Il a écrit dans Occitania, dans L’Ase Negre et surtout dans Oc n°171 (genièr 1949, p. 32-40) son long article sur l’anthologie du Triton Bleu, La jeune poésie occitane de Lafont et Lesfargues, « article remarquable, avons-nous écrit, par sa connaissance nuancée de chacun et par l’évocation enthousiaste de ce qui fait, dans « lo sang, la carn e li cants dau jovent » [Le sang, la chair et les chants de la jeunesse », le mouvement collectif de la renaissance occitane8. » Espieux vit à Paris. Il travaille à la Banque nationale pour le commerce et l'industrie – BNCI. Il est secrétaire du groupe de l’IEO Paris depuis 1947. Il est introduit dans les milieux de la radio, chez les intellectuels communistes (Comité national des écrivains – CNE). Il fréquente Jean Lesaffre, Pierre-Louis Berthaud, Jean Mouzat et Bernard Lesfargues, il découvre la poésie de Max Rouquette, Joseph Migot, Pierre Rouquette, Robert Lafont… Il recopie leurs poèmes, les apprend par cœur, les analyse, s’en inspire. Il vit vraiment la poésie avec une sincérité absolue, et avec un certain génie. Illuminé certes, mais plein d’énergie. Espieux répond donc à la proposition de Girard d’être directeur littéraire de Messatges (lettre du 18 août 1949) :

Me cargar de Messatges, vole ben. La vida es corta segur, mas viurem un autre jorn ! Ensajarai de respondre a vòstra fisança en assegurant una periodicitat relativa à Messatges. 

[Me charger de Messatges, je veux bien. La vie est courte, mais nous vivrons un autre jour ! Je vais essayer de répondre à votre confiance en assurant une périodicité relative à Messatges].

Plus loin, il pose une question essentielle :

Messatges, organ di joves, segur. Mai li mestres ont li publicar ? Pons, Eyssavel etc. Dobrir una novèla colleccion ? Reprene li colleccions entamenadas abans-guèrra ?

[Messatges, organe des jeunes, bien sûr. Mais les maîtres, où les publier ? Pons, Eyssavel etc. Ouvrir une nouvelle collection ? Reprendre les collections entamées avant-guerre ?]

On peut alors penser, et Lafont et Girard le pensent, que l’édition de la poésie se fera dans un triangle Toulouse / Paris / Montpellier où déjà circulent (et trop souvent se perdent) les manuscrits des Bernard Lesfargues, Jean Mouzat, Pierre Rouquette, Max Allier, Pierre Lagarde, Félix Castan… pour ne citer que ceux qui sont sur les rangs dès avant 1950 qui seront publiés dans les années qui suivent et auxquels viennent se joindre bientôt Bernard Manciet, Pierre Bec et Antoine Cayrol (Jordi Pere Cerdà).

Quelle est la fonction de « directeur littéraire » ? La tâche de « directeur littéraire » est aussi nouvelle que mal définie. De fait, tout continue à se passer entre Girard et Lafont. Espieux est le premier à s’en plaindre à Robert Lafont9 :

Fin finala, me demande quala es la carga mieuna dins aquela direccion literària de Messatges. Lo Dieu Metge l’ai pas solament poscut legir. Se comprene ben, mon trabalh seriá de cercar d’autors e d’òbras. Vòle ben. Es pas gaire penós. Vos demande solament de precisar. Es coma Peire Roqueta. Non sabe lo títol del seu recuelh. Parier per Max Allier… 

[Finalement, je me demande quelle est ma charge dans cette direction littéraire de Messatges. Le Dieu Metge, je n’ai pas seulement pu le lire. Si je comprends bien, mon travail serait de chercher des auteurs et des œuvres. Je veux bien. Ce n’est pas très difficile. Je vous demande seulement de préciser. C’est comme Pierre Rouquette. Je ne sais pas le titre de son recueil. Même chose pour Allier].

Espieux se tourne vers Félix Castan, comme nous l’avons montré dans un article précédent10 en présentant la dizaine de lettres échangées entre juillet et décembre 1950. Castan l’aide à penser sa fonction et l’avenir de Messatges en termes dialectiques : orientation littéraire et promotion de la diversité, en lui rappelant l’interaction des collections et de la revue Oc :

Cada initiativa de Oc, de Messatges, de Pròsa lèva d’interrogacions dins la diversitat. La diversitat es la lei ; es una condicion de l’interés de nòstra vida literària, e mai de l’interaccion de Oc e de las colleccions.

[Chaque initiative de Oc, de Messatges, de Pròsa soulève des interrogations dans la diversité. La diversité est la loi ; c’est une condition de l’intérêt de notre vie littéraire, et aussi de l’interaction entre Oc et les collections].

Le résultat est la publication dans Oc par Espieux d’une série d’articles au titre commun : « Messatges. » Huit beaux articles qui s’échelonnent de janvier 1951 au printemps 195511 et qui sont présentés comme la chronique de la collection. Mais le premier, où l’influence de la pensée de Castan est visible, est le seul à véritablement remplir cette fonction. Il parle avec lyrisme de l’ambition de la poésie occitane à être une parole et une esthétique des temps nouveaux12 et affiche un programme éditorial conquérant : publication d’une plaquette (c’est-à-dire un Quasèrn) par trimestre et création d’une nouvelle série : Òbras. Les Quaserns publieront les jeunes poètes et Òbras les recueils plus importants de poètes confirmés.

Cette décision a été prise en octobre 1950 par Girard qui a renouvelé pour la création de la nouvelle série (dont le titre n’est pas encore trouvé13) la stratégie fondatrice de Messatges, à savoir la publication d’un recueil de Pons suivi d’un de Nelli14.

Il écrit à Lafont, le 13 octobre 1950 :

Le 2e volume de la série qu’inaugure Conversa, sera le recueil de Nelli, La serp de folhum15. Nous sommes d’accord avec Espieux. Pour le troisième rien de décidé. L’idéal serait que ce soit un recueil de Max Rouquette. Nous avons déjà un manuscrit qui fait le tiers du volume possible.
C’est à mon avis Espieux seul qui peut, par la bande, parvenir à convaincre Max Rouquette. C’est pour que vous puissiez parler en particulier avec Espieux et mettre au point des consignes dans ce sens, que je vous écris aujourd’hui16.
Nous pouvons publier dans la série Conversa un volume tous les six mois. Celui de Nelli est prévu pour le printemps. Celui de Max Rouquette pourrait sortir l’hiver 1951.

En dehors de cette mission spéciale dans laquelle il échoue parce que ses relations épistolaires avec Max Rouquette se sont dégradées, que fait Espieux ? Il rédige et distribue des bulletins de souscription, relit certains manuscrits, comme Cap de l’aiga de Lesfargues, dont il écrit à Lafont, le 3 septembre 1950 : « Vos lo mandarai dins qualque temps per correccion per Alibert17, e per lo picar. » [Je vous l’enverrai dans quelque temps pour correction par Alibert, et pour le taper.]

Il annonce aussi à Girard une traduction de ce recueil, mais on n’en connaît pas l’auteur : c’est d’ailleurs un aspect de la collection Messatges : les traductions sont le plus souvent anonymes.

Le 4 janvier 1950, il lui avait fait part d’un recueil de poésies de Pestour préparé par S-A Peyre dont il ne sera guère question ensuite18 :

Per quant a Pestor, Peyre a fach lo gròs òbra. Mozat, Lesfargues e ieu avèm aliscat. Notatz la participacion financièra dis « Amis de Chantemerle ».

[Quant à Pestour, Peyre a fait le gros-œuvre. Mouzat, Lesfargues et moi-même avons bien lissé. Notez la participation financière des « Amis de Chantemerle »].

Lettre de Lafont à Girard du 3 sept. 1950 avec une fiche d’Espieux sur les numéros à paraître de Messatges

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Archives Lafont, CIRDOC – Institut occitan de cultura

Le 2 mars 1950, il y a de l’espoir dans le rapprochement de Manciet : Per Manciet, ven d’escriure a Lesfargas qu’abandonava l’escòla Gaston Fèbus au nòstre profiech. [Quant à Manciet, il vient d’écrire à Lesfargues qu’il abandonnait l’école Gaston Fébus à notre profit.]

Il donne aussi son avis sur l’ordre de publication. Il envoie ainsi un certain nombre de fiches directement à Girard ou en passant par Lafont.

La décision de faire une nouvelle série est prise visiblement, et Espieux n’est pas au courant. On voit que les corrections dans la numérotation portées par Lafont excluent Nelli, Pons et Rouquette qui seront publiés dans la série « Òbras ». Au reste, l’ordre ne sera pas celui des publications effectives. Lafont pousse Pierre Lagarde19 et Girard Max Allier. Lafont se renseigne auprès d’Aubanel pour le coût de l’impression, mais ils auront encore recours à Subervie pour 1951 et 1952.

On remarque que dans ces années 1949-1950, Espieux cite toujours les avis de Lesfargues et de Mouzat dont il est très proche20, pour le travail sur Messatges en particulier.  

Dans la correspondance Girard / Lafont, en 1950 et début 51, la mention d’Espieux est souvent liée au manuscrit de sa Littérature. Un ouvrage que, selon Lafont, lui aurait suggéré Max Rouquette, auquel il s’est attelé pendant deux ans, et dont le résultat leur paraît discutable. Excellent mais confus, dit Lafont. Langue composite : obsession d’une langue unique, dit Girard. Bref, ils ne sont pas prêts à le publier aux PUF comme cela était envisagé21. Le projet va capoter. Ils ne savent bientôt plus où se trouve le manuscrit. Nous non plus.

Girard reçoit toujours d’Espieux des lettres où Messatges tient une certaine place. Il reçoit et renvoie des manuscrits, on ne peut pas toujours dire ce qu’il fait, choix poétique, traduction, relecture graphique, service de presse. Un peu tout. Il donne son point de vue de poète.

Lettre du 7 septembre 1951 :

Lagarde m’anoncia son recuelh que Lafont ven de me trasmetre. Tretze poèmas, revirats. Títol : L’espèra del jorn. Linde coma lo cant del grilh. Detalh : vòu èstre publicat jos lo signe 13. Podèm publicar Bec primier per 52 amb lo n°14, puei Lagarda amb lo n° 13. 

[Lagarde m’annonce son recueil que Lafont vient de me transmettre. Treize poèmes, traduits. Titre : L’espèra del jorn. Limpide comme le chant du grillon. Un détail : il veut être publié sous le signe 13. Nous pouvons d’abord publier Bec pour 52 avec le n° 14 puis Lagarde avec le n° 13].

Dans la même lettre :

Camp prepara la traduccion de 34 poèmas. Per la grafia, escriu : « Je me refuse à prendre parti. Mais vous ferez ce que bon vous semblera. » Siam deliures.

[Camp prépare la traduction de 34 poèmes. Pour la graphie, il écrit : « Je me refuse à prendre parti. Mais vous ferez ce que bon vous semblera. » Nous sommes libres].

Marcel Carrières ne lui plaît décidément pas. Lettre du 11 janvier 1952 :

Ai per las mans lo recuelh de Carrièras que me sembla un pauc tròp escolar. Encara s’èra un jovenòt… Enfin !22

[J’ai en mains le recueil de Carrières qui semble un peu trop scolaire. Encore si c’était un jeunot… Enfin !]

Lesfargues et lui font des remarques sur la typographie. Par exemple, en décembre 1951, ils critiquent la double barre en haut de chaque page. Elle sera supprimée. Tous se sentent comptables de l’élégance de la collection. Ils tiennent à l’unité de format, aux titres en capitales. Les options de mise en page et les polices choisies pour chaque recueil font l’objet de discussions de connaisseurs. Lafont trouve les caractères des premiers Messatges chez Castellvi magnifiques (lettre à Girard s.d. 1955)

Eloignement d’Espieux

Par lettre du 19 mars 1952, Espieux annonce qu’il profite de la médiation de Jeanne Castan (sœur de Felix) auprès de Roger Blin qui lui fait rencontrer « un cert Bernheim de Villers que vol consacrar plusors emissions a la nosta poesia23 [un certain Bernheim de Villers qui veut consacrer plusieurs émissions à notre poésie]. » C’est le début d’un engagement passionné. Il en parle abondamment. La radio est certainement un moyen de diffusion intéressant, en particulier pour la poésie d’oc, mais cela va le détourner de Messatges.

Il commence à décrocher. Fin 1951, déjà, il arrive à Girard et Lafont de déplorer le silence24, voire la désinvolture25, d’Espieux qui se tient de plus en plus loin des réalités de l’édition et des chiffres qui les obsèdent, eux qui doivent « fonctionner toujours au galop et avec des moyens de bord disparates26 ». Mais Lafont ne se départit pas de l’indulgence de l’amitié vraie, de la solidarité poétique :

Je ne suis pas sans nouvelles d’Espieux, nous recevons de lui, ma femme et moi, de longues lettres sur le sujet unique de la poésie. Il a tenté une expérience poétique très ardue, digne des grandes figures, les Rimbaud et autres Lautréamont. La seule expérience de ce style que nous ayons en littérature d’oc ! Inutile de dire que ses nerfs en sont las. Baste ! Qui pourrait l’en dissuader ?
[…] Il faudra bien rendre Espieux à son destin de poète27.

Ce disant, il pense plus à la situation de l’IEO Paris qu’à Messatges.

Lafont à Girard, en 1952 (s.d.) : « Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de doubler Espieux par un comité de lecture qui serait le Bureau Directeur. Il doit rester maître de la collection, nous ne devons pas l’inhiber. »

Les manuscrits passent toujours par les mains d’Espieux qui reconnaît, non sans en éprouver une angoisse personnelle, les vraies révélations poétiques : Manciet28, Saurat, comme plus tard Yves Rouquette.

Mais, une fois encore, ni l’un ni l’autre ne souhaitent ôter à Espieux son titre de « directeur littéraire de Messatges ». Il faut seulement, conviennent-ils, ne pas lui confier de tâche matérielle. Girard lui demande par exemple de travailler sur les manuscrits de Barrué pour dégager une unité de poèmes29. Il en est plusieurs fois question mais cela n’aboutira pas30.

Les trois plaquettes gasconnes

Annonce de la parution dans Oc

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À partir de janvier 1953, Girard a l’idée de faire publier ensemble les trois plaquettes gasconnes en préparation, à savoir Manciet, Bec et Ravier.

Lettre à Lafont du 7 janvier 1953 :

Oui, les trois recueils gascons paraîtront en même temps. Celui de Bec et celui de Ravier sortiront avec Manciet dont c’est le tour. Ainsi il n’y aura pas de retard pour la suite. Cette affirmation gasconne est une chose toute nouvelle qui nécessite un effort de notre part, d’autant plus que les pourparlers d’action en Gascogne se poursuivent sur un plan positif. Songez qu’il n’y a jamais eu encore de fascicule gascon dans la collection.

« Je vais écrire à Espieux », écrit-il à Lafont, le 19 octobre de la même année31, « au sujet des Messatges gascons ». Les travaux sont bien avancés, mais Girard s’alarme, fin 1953, que Lafont ait signé le bon à tirer de Bec et Cayrol (chez Aubanel). Surtout de Bec qui doit attendre les deux autres Gascons. Il adresse alors à Lafont un télégramme et une semonce sur l’obsession de la correction :

Quant à Bec, il n’a été lu qu’une fois et tout est à faire pour la mise en page. Il est impensable de le tirer avant que Bec ne l’ait vu une nouvelle fois. Et que je n’ai vérifié en confrontant les deux épreuves : celles d’avant et celles d’après les corrections. Les imprimeurs nous cassent les pieds…
Il faut qu’il y ait le moins de fautes possibles et que les corrections soient poussées au maximum. Quant à moi, j’ai lu cinq fois Larsinhac, Conversa et Arma de Vertat !!! Et je viens de sauver au vol la plaquette de Ravier qui avait laissé trois fautes grossières. Je ne dis d’ailleurs pas qu’il n’y en ait pas encore ! Non, non, pas de précipitation : nous devons tout sacrifier à la correction.

On reconnaît dans ces lignes l’état de fébrilité du responsable de publication avant le bon à tirer. Les plaquettes gasconnes32 paraîtront à deux mois d’écart, la numérotation (n°s 14-15-16) masquant la chronologie réelle des « achevés d’imprimer ». Le procédé vaut pour toute la période (1954-1955) comme le montre le document cité dans ce numéro : « Tableau des recueils publiés, 1942-1974 ».

Lafont écrit le 16 avril 1954 à Girard qu’il faut traiter en urgence le retard pris par Messatges :

Je suis personnellement pour qu’on débloque Messatges au maximum. L’encombrement des plaquettes nous asphyxie. Puisque Barral et Cayrol s’offrent pour payer leur plaquette, je suis d’avis qu’on sorte 6 Messatges cette année. En 1955, nous pourrons étudier le rythme le meilleur. Cela vous va-t-il ?

C’était compter sans la surprenante apparition de Denis Saurat.

Le météore Saurat

Jean-François Courouau a décrit le phénomène en 2010 dans son édition critique Encaminament catar 33et sa récente communication :« Entre occitanistas e mistralencs : D. Saurat »34 vient d’en rappeler les grandes lignes.

Je ne parlerai donc que du point de vue des éditeurs de Messatges dont Saurat traverse le paysage tel un météore.

Saurat écrit les 323 vers de At digues pos dont il a la révélation le 14 avril 1954 (la lettre programmatique de Lafont citée plus haut est datée du 16 avril). Le poème est transcrit en graphie alibertine par Bec : Ac digas pas. Saurat a la notoriété littéraire et les moyens financiers35 de faire bouger les lignes. Lafont intervient auprès d’Aubanel qui modifie son calendrier si bien que la plaquette sort, sans traduction, dans la série Quasèrns, le 1er septembre 1954, passant devant les Gascons36 chers à Girard, mais numérotée après : n° 19. On n’a jamais fait aussi vite !

Le 4 septembre 1954, Nelli écrit à Lafont :

Merci pour le Mistral.
Je reçois aujourd’hui Ac digas pas. La conversion de Saurat aux lettres d’oc – qui est un peu mon œuvre – est extrêmement importante. Représentez-vous quel sera l’étonnement des critiques et historiens de l’an 2050 quand ils contempleront rétrospectivement la parution d’un tel poème en 1954 ! Le génie d’oc n’a pas fini d’étonner. Il faut souligner cela.
Autre chose je présume qu’il y a eu une brouille assez grave entre S et S. A. Peyre. Et S a voulu démontrer à S. A. Peyre qu’il était aisé de le détrôner. Quoi qu’il en soit c’est une magnifique victoire. D. Saurat a 3 ou 4 énormes poèmes prêts (autant que l’œuvre de Peyre) et il offre 55000 f pour éditer les premiers. Ne refusons pas cela. Si vous pouviez aller voir Saurat ce serait très bien. Si vous ne pouvez pas, mes lettres suffiront.

Le 19 décembre 1954 Girard s’inquiète auprès de Lafont de la livraison à Saurat de son service de presse : « Au fait où en est Saurat avec Ac digas pas ? J’ai l’impression que malgré un tour de faveur dans le tirage, son service de presse est sous le boisseau… »

Espieux participe à l’emballement pour la poésie de Saurat. Il aime Lo soldat / Le souldat qu’il entreprend de traduire et davantage encore Les Gigants catars.

En 1955, nouvelle précipitation pour publier dans la série Òbras : Encaminament catar (Lo Pòble, Los Aujòls, La Verge). En avril 1955, Saurat demande un tirage pour le 15 mai. Même scénario : Lafont intervient auprès de Girard pour qu’il accélère la publication auprès de Castellvi. Girard change finalement d’éditeur : c’est Subervie à Rodez qui publie Encaminament Catar, sorti le 11 juin.

À la suite, il faut publier les Poèmas mistics de Laurence de Beylié avec « una version catara en occitan » de Saurat.

Sous la pression des événements, le dispositif épistolaire à trois têtes ne fonctionne plus du tout. Lafont et Girard s’échangent en toute hâte les lettres de Saurat avec des annotations en marge, sans informer Espieux qui se sent exclu.

En 1957, il s’agit d’éditer dans la foulée Encaminament II (« Lo caçaire » et « Blaco »). D’urgence, dit Girard, étant donné que Saurat a payé 50 000 f d’avance et promis de régler le reste sur facture37. Lafont décide de le publier dans Messatges mais hors-série. Il écrit à Girard :

Voici les épreuves d’Encaminament que ma femme a corrigées. Comme ce volume ne correspond, par suite de l’absence de traduction, ni à la série Quasèrns ni à celle d’Òbras, nous proposons d’inscrire le volume dans Messatges sans plus. Un mot encore sur la correction des épreuves. Bec, en transcrivant le texte de Saurat, a utilisé certains procédés qui ne sont pas dans la ligne d’Alibert (élision cada en cad’) et une accentuation nettement pauvre (e à peu près toujours pour è). Ma femme s’est conformée aux solutions Bec pour ne pas faire recomposer le texte.38 

Toujours du retard

Entre temps, il faut écluser les manuscrits en retard. Celui de Girard (Signes de Delfin Dario 1960) Sòrgas de Maxence finalement publié à Toulouse39. Et surtout faire face à la nouvelle vague : Yves Rouquette, Serge Bec, Robert Allan. Girard écrit à Lafont, le 21 janvier 1956, que tous les manuscrits arrivent en même temps : des parutions dans Oc, des Quasèrns à publier. Cela correspond au numéro d’Oc préparé par Ravier, n° 200 abril-mai-junh de 1956, « le numéro des jeunes ». On remarque qu’il n’y a dans cette petite anthologie aucun poème de Saurat. Pas plus qu’il n’y en aura dans le numéro 216, mai-junh de 1960, composé par Lafont : Poésie d’oc 1960. Mais, dans la préface, Lafont reconnaît l’influence de Saurat dans ce qu’il appelle « conquista dau prosaïsme » [conquête du prosaïsme], ce qui peut s’appliquer en particulier à Espieux et à Yves Rouquette.

Il faut une nouvelle fois songer à réorganiser Messatges. Lafont pense à Manciet, un des rares, dit-il, à s’intéresser à la collection40. Il rencontre une vive opposition de la part de Girard qui lui écrit le 29 août 1956, accablé de travail et affligé de la mort de Berthaud :

À propos de Messatges : vous savez très bien que le comité de lecture de Messatges n’a jamais fonctionné.
Manciet / Messatges : là je ne suis pas d’accord. Dans la lettre précédente il était question de Manciet lecteur de Messatges. Maintenant vous me dites : Manciet a pris fermement en mains le destin de Messatges. Je trouve que c’est aller un peu vite en besogne, pour décider d’une question essentiellement organique, intra IEO.
J’ai fait depuis longtemps mon mea culpa d’avoir confié, à un moment où l’IEO n’était encore qu’une nébuleuse, la responsabilité de Messatges à Espieux dont je reconnais les qualités, mais il n’était pas fait pour organiser quoi que ce soit. Voilà pourquoi j’estime, et je ne suis pas le seul, qu’il faut réexaminer la question avec beaucoup de prudence […]
La collection Messatges, indépendamment des solutions administratives à trouver, indépendamment de son comité de lecture qui n’a encore rien lu, gagnerait à avoir comme directeur un nom dont le rayonnement actuellement est réel. Pour ma part je propose Nelli41, bien entendu comme directeur littéraire, avec ou sans comité de lecture, peu importe, les questions administratives relevant d’une autre instance.

Une crise de succession majeure s’engage. Lafont est empêtré par les règles qu’il a lui-même édictées, concernant le choix des auteurs d’être publiés dans telle ou telle série, un formalisme qui fait fuir Cayrol, Bec, Espieux lui-même comme auteur42… Il est aussi désarçonné par l’attitude de Manciet. Il écrit à Girard le 30 avril 1960 :

Manciet a rejeté Orfeu de Pons avec une grande brutalité. Manciet a adopté à Messatges un ton extrêmement déplaisant faisant alterner le refus motivé en trois mots et l’acceptation désabusée et condescendante. Quant Ravier obtient quelque chose de lui, c’est une boutade acide. En ce moment il n’y a de salut pour Messatges que dans l’élargissement du comité.

Le 2 mai 1960 Girard, sur le point de se retirer, écrit à Lafont :

Je déplore que la direction littéraire en soit tellement rigide que certains genres soient éliminés par principe. Je n’exprime ici qu’une opinion à titre strictement personnel. Ce qui est valable pour Oc, doit, à mon avis, l’être pour Messatges.
Pour le moment je ne vois pas comment on en sortira, en ce qui concerne Messatges, tant que nous aurons des gens qui « tirent au renard » (j’entends Manciet et Ravier) comme responsables… théoriques. J’estime que la direction de Messatges devrait être entièrement prise en main par madame Lafont, libre à elle de s’entourer des lecteurs qu’elle jugera capable de… sociabilité. Voilà mon avis.

Avis sensé, s’il en est ! Car cela fait bien longtemps qu’Andrée-Paule Lafont permet à Messatges de ne pas couler. Elle a dactylographié, corrigé des manuscrits, les épreuves, elle a écrit aux auteurs, assuré la critique, sans accepter, semble-t-il, que son nom figure comme responsable. Le 10 septembre 1961, elle écrit à Espieux qu’elle espère faire sortir avant la fin de l’année Vesper de Nelli et l’Omenatge a Andreu Pic de l’IEO :

I a totjorn d’òbras en retard que contunhan d’entrepachar Messatges e que vòle sortir al mai lèu per fin de balhar mai de viu a la colleccion. Encara sèrve coma un pentiment li Sòmis III de Max Roqueta. I a tanben un molon de poèmas de Barrué que ne faudriá tirar quicòm. Puèi, mai solament puèi, lo ritme de Messatges serà lo de la poesia d’òc, un ritme que voudriáu rabent.

[Il y a toujours des œuvres en retard qui font obstacle à Messatges et que je veux sortir au plus tôt pour donner plus de vie à la collection. Je garde encore comme un remord les Sòmis III de Max Rouquette. II y a aussi de nombreux poèmes de Barrué dont il faudrait tirer quelque chose. Ensuite, mais ensuite seulement, le rythme de Messatges sera celui de la poésie d’oc, un rythme que je voudrais ardent].

L’usage libre de la première personne montre qu’elle assume toute la responsabilité de la collection, avec une lassitude certaine. Elle exprime son malaise devant les retards accumulés et les ratages, comme la publication de Max Rouquette dans « Òbras » qui était une priorité pour Girard en octobre 1950, et qui fut repoussée, pour des raisons diverses, pendant dix ans. Ratage encore pour le choix de poèmes de Barrué que Girard avait demandé à Espieux, lequel s’en était déchargé sur Ravier en 1955… et dont les manuscrits se retrouvent sur la table d’Andrée-Paule Lafont en 1961 ! Elle songe à partir mais pas avant d’avoir fait le ménage43.

Une impossible rupture

Pour Espieux, le début des années soixante marque un tournant difficile dans sa vie et son écriture. L’expérience de Messatges est arrivée à son terme. Il se retire avec la conscience de sa marginalisation au sein de l’IEO, au moment même où il vient vivre à Nîmes. Il reste longtemps habité d’une sombre amertume. Il écrit à Lafont, le 4 janvier 1962 :

Mon principal objectif était de stimuler la création de toutes les manières, au nombre desquelles la publication n’était pas des moindres. Plus d’un recueil a vu le jour qui dormirait encore. Comme dort aujourd’hui Siam plus d’aucèus44 qui devrait avoir été publié depuis longtemps. Je ne demande que de me restituer ce recueil que je publierai à Toulon. 

Le 6 janvier :

Que Messatges venga un domeni privat, sotmes a de reglas estrechas, vòle ben. Ieu inauguri una colleccion doberta, un luoc d’asili.

[Que Messatges devienne un domaine privé, soumis à des règles étroites, je veux bien. Moi j’inaugure une collection ouverte, un lieu d’asile].

Il va fonder ses éditions « Quaserns tolonencs », et la collection : « L’Espieut » dont Siam plus d’aucèus devait être la première publication. Il en modifiera plusieurs fois le titre et le contenu et ce sera Falibusta en 1962. Suivi de Òsca Manòsca en 1963, Finimond en 1967. Yves Rouquette a raison de dire que ces plaquettes d’Espieux sont des clones de Messatges45. Car il ne parvient pas à se détacher de Messatges. Il enrage de voir deux poètes français, Gaston Puel et Jean Malrieu, entrer au comité de rédaction. À la fois il ressasse des reproches46

En fait d’orientation, Messatges s’oriente vers un avenir où figureront seulement les morts, les membres occitans du comité de lecture et du comité d’administration. Quant aux autres, ils devront se résigner à faire partie de ce qu’on peut appeler une littérature d’échantillon ? Ainsi en est-il allé pour Robert Allan dont l’œuvre a été dépecée avec une sauvagerie sadique47

et il espère toujours y être publié. Andrée-Paule Lafont corrige un premier ensemble de poèmes manuscrits qui seront le socle de Jòi e Jovent.

À partir de 1969, il reprend le fil d’une correspondance avec Girard pour lui promettre quelques comptes rendus dans Oc, lui dire qu’il en attend de son Histoire d’Occitanie. Il lui signale qu’il a une dizaine de sonnets publiables et il lui fait passer par Manciet le manuscrit de son dernier poème Siam de còla : « Manciet vos a mandat lo mieu gros poema (lo titol m’escapa, n’ai cambiat 3 o 4 còps) mai lo text comença per ʺEriam d’estieu, marrit estieuʺ » [Manciet vous a envoyé mon grand poème (le titre m’échappe, j’en ai changé 3 ou 4 fois), mais le texte commence par « nous étions en été, mauvais été »].

Dans une longue et belle lettre de 1970 il parcourt le paysage des poètes d’Oc : Jean-Louis Guin, Philippe Gardy qu’il trouve dense et difficile mais brillant, Jean-Marie Auzias qu’il n’aime pas, Jean et Yves Rouquette dont il est très proche, Jean Mouzat qui publie à nouveau, enfin Pierre Rouquette passé à la graphie mistralienne :

Rien d’étonnant à cela. Il est devenu pratiquement impossible de se faire publier dans les milieux occitanistes. Rouquette a voulu se faire publier avant sa mort et il a saisi la première occasion.

Confidence mal déguisée de celui qui dit dans la même lettre que la fièvre ne le quitte plus. Trois lettres n’ont pas été décachetées par Girard, celles des 4 avril, 29 avril et 31 mai 1971. Espieux demande un mot d’amitié, un avis sur Siam de còla qu’il voudrait bien faire publier « sous le signe de Oc ». La dernière lettre du 26 octobre 1971 montre que le contact avait été repris.

Espieux et Messatges, c’est tout un destin de poésie, dans un milieu occitaniste qui s’est élargi48 et qui reste le sien, malgré les crises traversées. Il meurt le 27 decembre 1971 sans avoir vu dans Messatges la publication d’un choix de ses poèmes : Lo temps de nòstre amor, lo temps de nòstra libertat « acabat de tirar lo 14 de genièr de 1972 ». C’est Jean Larzac qui publie en 1974 le recueil Jòi e Jovent dans la nouvelle série de Messatges dont il est le directeur.

Dans cette vie douloureuse dont la poésie a été le seul horizon, les dix ans de Messatges apparaissent, rétrospectivement, comme le temps heureux de la reconnaissance.

1 Voir : Annexe : Liste des Messatges de 1942 à 1961.

2 Les recherches sur notre sujet doivent tout au CIRDOC de Béziers que nous remercions d’exister et de développer son travail de conservation du

3 Lettres d’Espieux à Lafont ; lettres d’Andrée-Paule Lafont à Espieux ; lettres de Nelli à Lafont ; lettres de Girard à Lafont et de Lafont à Girard.

4 Henri Frère est un artiste catalan, sculpteur et peintre, disciple de Maillol, ami de Pons et de Max Rouquette. Voir Jean-Guilhem Rouquette, « 

5 Le style de la réponse laisse entendre que Robert Lafont avait posé une question portant sur le rôle de Max Rouquette dans la fondation de Messatges

6 Par ex. Cap de L’aiga, poèmas de Bernart Lesfargues, 1952, porte la mention « Secretari general : Robert Lafont ». Ou encore : Tota llenga fa foc

7 Cet encart avec la mention « jos la direccion d’Enric Espieu » paraîtra dans Oc de 1950 à 1958.

8 Colloque : Le manuscrit du poème, Claire Torreilles : « Telaranha d’Enric Espieux (1923 - 1971). L’espèra de l’alba », en ligne sur Campus -

9 Lettre, s. d. 1950

10 Jornada d’estudi RED’OC, 5 mai 2017, Claire Torreilles : « Lettres de Castan à Espieux sur la poésie et la collection Messatges ». En ligne sur le

11 Ces articles intitulés Messatges se trouvent dans : Oc, n°179, genièr de 1951 (la nouvelle génération et les espoirs de Messatges) ; Oc, n° 181

12 Dans une lettre à Girard du 5 avril 1950, il dit qu’il prépare un article pour Oc sur Messatges « un pauc dins lo biais de la crida d’Aragon dins

13 Espieux dans une lettre à Girard dit avoir été mis au courant des titres « Quasèrns » et « Òbras » par Castan. Il propose lui : « Tròbas » et « 

14 Cf. le tableau des recueils publiés dans la collection Messatges présentée dans ce numéro de Plumas : https://pre.edinum.org/plumas/225.

15 Le titre devint Arma de vertat.

16 Il sera plusieurs fois question de cette médiation d’Espieux auprès de Rouquette dans l’année 1950. Elle semble d’ailleurs avoir réussi, à lire la

17 Alibert a peu corrigé de manuscrits. Lafont ne lui fait pas confiance pour ce travail. Lettre du 17 septembre (1955 ?) à Girard : « Il faut

18 Espieux à Girard 13 mars 1951 : « Pense tanben ais escanvis de vista qu’avèm agut amb Pestour » [Je pense aussi aux échanges que nous avons eus

19 Lettre de Lafont à Girard du 28 octobre 1952, d’Arles, « Je donnerai le Messatges Lagarde à Aubanel dès que j’aurai le manuscrit dactylographié par

20 Lafont écrit à Girard le 2 octobre 1949 « Vene de passar tres jorns a Paris. Ai vist Espieux, Lesfargues e Lesaffre. » [Je viens de passer trois

21 Dans une lettre de mars 1948, Espieux écrit à Girard : « Per ma Literatura, Roqueta, mercé a Cassou, a obtengut l’acòrdi di Premsas universitàrias

22 Plus tard (lettre s.d. de 1955), il réitère : « Carrieras. Te prègue de notar qu’es pas question de lo publicar dins Messatges. Perqué pas « Plumes

23 Lettre de mai 1952 : programme d’émissions sur « la poésie provençale » sous la direction de Maxence Bernheim de Villers dans le cadre de « Poésie

24 Lafont à Girard s.d. (1953) : « J’ai écrit à Espieux au sujet du manuscrit de Bec. Ultimes menaces. »

25 Lafont à Girard : 15 juillet (52 ?) « Espieux m’a annoncé très vite qu’il allait écrire cet article. Mais à la place est arrivée une immense lettre

26 Lettre Girard à Lafont du 15 mars 1955

27 Lettre s.d. probablement 1952 Lafont à Girard : « Ma femme a reçu un recueil d’Espieux. Magnifique. Bien au-dessus de Telaranha et de Destrau de

28 Lafont à Girard, 20 mars 1952 « Espieux m’a fait passer le grand poème en prose de Manciet qui doit figurer dans son recueil. Encore que certaines

29 Lettre Girard à Lafont du 15 mars 1955 : « Si Espieux veut travailler au choix des poèmes, je puis lui faire envoyer l’ensemble de l’œuvre qui

30 Un poème de Barrué, « Musica », est publié dans Oc n° 189 de julhet de 1953, p. 5-6.

31 Mais il lui en a parlé bien plus tôt puisque Espieux lui répond le 21 avril 1953 : « Soi d’acordi per vostres projectes gascons… e mai per l’ordre

32 Le 9 avril 1954, Girard parle même de quatre plaquettes gasconnes, incluant Barrué. Mais la plaquette en projet de Barrué dont devait s’occuper

33 Jean-François Courouau (éd.) Denis Saurat, Encaminament catar. Toulouse, Presses universitaires du Mirail, coll. « Interlangues », 2010.

34 Jean-François Courouau, « Entre occitanistas e mistralencs : D. Saurat » https://occitanica.eu/items/show/19170

35 Lettre Lafont à Girard, s.d. 1955 : « Saurat a déjà payé 75000 F et me dit de lui en demander davantage si c’est nécessaire ».

36 Manciet proteste auprès d’Espieux ; « Ce ne sera plus Accidents mais Panne ! » Lettre d’Espieux à Lafont, s.d. 1954.

37 Lettre de Girard à Lafont du 27 août 1957.

38 De la graphie de Bec, J-F Courouau écrit : « Établie selon des principes assez mouvants et entachée de quelques erreurs de lecture, elle modifie

39 Cette plaquette Sòrgas, à laquelle Espieux tient beaucoup, est la traduction par lui de poèmes de Maxence Bernheim de Villers. Il devait en assurer

40 Lettre de Lafont à Girard du 30 août 1956.

41 C’est ce qui sera mis en place de 1960 à 1972. Nelli accepte d’être un directeur littéraire de prestige, mais lointain, pendant 12 ans. Espieux

42 Lettre du 26 novembre 1959 de Lafont à Girard. « Le règlement adopté condamne un auteur à donner d’abord un recueil Quasèrn, puis un recueil Òbra.

43 Sa note dans la marge l’indique « Puei e solament puei podrai quitar la plaça a quicòm mai. »

44 Est-ce le recueil dont Lafont disait à Girard le 16 avril 1955 : « Ma femme a reçu un recueil d’Espieux magnifique. Bien au-dessus de Telaranha e

45 Yves Rouquette dit : « quicòm coma una sòrre bessona e magrinèla » [quelque chose comme une sœur jumelle et maigrichonne] Oc, 227-228, genièr-junh

46 Lettre à Lafont de juin 1962.

47 Ce jugement est confirmé par les analyses de Marie-Jeanne Verny in Le manuscrit du poème. « Lei Cants de la tibla de Robert Allan : de l’histoire d

48 « Dieu que tout cela est vivant ! Vous souvenez-vous de l’époque où Berthaud citait Philadelphe : « Que i a trivalh e sem pas goaire ! » C’est

1 Voir : Annexe : Liste des Messatges de 1942 à 1961.

2 Les recherches sur notre sujet doivent tout au CIRDOC de Béziers que nous remercions d’exister et de développer son travail de conservation du patrimoine littéraire occitan.

3 Lettres d’Espieux à Lafont ; lettres d’Andrée-Paule Lafont à Espieux ; lettres de Nelli à Lafont ; lettres de Girard à Lafont et de Lafont à Girard.

4 Henri Frère est un artiste catalan, sculpteur et peintre, disciple de Maillol, ami de Pons et de Max Rouquette. Voir Jean-Guilhem Rouquette, « Correspondance croisée Max Rouquette -Henri Frère », Les cahiers Max Rouquette n° 6, 2012, p. 80-87.

5 Le style de la réponse laisse entendre que Robert Lafont avait posé une question portant sur le rôle de Max Rouquette dans la fondation de Messatges. Les relations entre Girard et Rouquette sont alors tendues.

6 Par ex. Cap de L’aiga, poèmas de Bernart Lesfargues, 1952, porte la mention « Secretari general : Robert Lafont ». Ou encore : Tota llenga fa foc, poèmas de Jordi-Pere Cerda, 1954 : « president Max Roqueta, secretari general Robert Lafont ».

7 Cet encart avec la mention « jos la direccion d’Enric Espieu » paraîtra dans Oc de 1950 à 1958.

8 Colloque : Le manuscrit du poème, Claire Torreilles : « Telaranha d’Enric Espieux (1923 - 1971). L’espèra de l’alba », en ligne sur Campus - Occitanica du CIRDOC : http://www.occitanica.eu/omeka/items/show/17060. Publié dans ce numéro de Plumas : https://pre.edinum.org/plumas/302.

9 Lettre, s. d. 1950

10 Jornada d’estudi RED’OC, 5 mai 2017, Claire Torreilles : « Lettres de Castan à Espieux sur la poésie et la collection Messatges ». En ligne sur le site du CIRDOC à l’adresse : http://occitanica.eu/omeka/items/show/19167, également publié dans ce numéro de Plumas : https://pre.edinum.org/plumas/260.

11 Ces articles intitulés Messatges se trouvent dans : Oc, n°179, genièr de 1951 (la nouvelle génération et les espoirs de Messatges) ; Oc, n° 181, julh de 1951 (des théories d’esthétique) ; Oc, n° 182, octobre de 1952 (de l’inconscient dans la poésie) ; Oc, n° 184 (des séries de la collection Messatges) ; Oc, n° 186, octobre de 1952 (de la critique occitane) ; Oc, n°189, julh de 1953 (de la haute figure de René Nelli). Les deux derniers sont des essais poétiques : « Dins la nuech » (Oc, n°194 d’octòbre de 1954) et « La sau dau desèrt » (Oc, n°196, prima de 1955).

12 Dans une lettre à Girard du 5 avril 1950, il dit qu’il prépare un article pour Oc sur Messatges « un pauc dins lo biais de la crida d’Aragon dins Le paysan de Paris ». [un peu à la manière de l’appel d’Aragon dans Le Paysan de Paris].

13 Espieux dans une lettre à Girard dit avoir été mis au courant des titres « Quasèrns » et « Òbras » par Castan. Il propose lui : « Tròbas » et « Trobar ». Dans la même lettre, non datée, mais que l’on peut situer fin 1950, il dit : « Manciet m’a mandat lo sieu manescrich. Mancan las traduccions que li ai demandadas. Uei, lo manescrich es entre las mans de Bec. Se me l’a pas tornat abans son despart de Paris, lo vos mostrarà bensai a son arribada dins lo Miègjorn. Senon lo vos mandarai ieu. Tot aquò es plan agradiu. O serà encara mai un còp mes en grafia ». [Manciet m’a envoyé son manuscrit. Il manque les traductions que je lui ai demandées. Aujourd’hui, le manuscrit est entre les mains de Bec. S’il ne me l’a pas renvoyé avant son départ de Paris, je vous le montrerai peut-être à son arrivée dans le Midi. Sinon je vous l’enverrai moi-même. Tout cela est très agréable. Cela le sera encore plus une fois mis en graphie.]

14 Cf. le tableau des recueils publiés dans la collection Messatges présentée dans ce numéro de Plumas : https://pre.edinum.org/plumas/225.

15 Le titre devint Arma de vertat.

16 Il sera plusieurs fois question de cette médiation d’Espieux auprès de Rouquette dans l’année 1950. Elle semble d’ailleurs avoir réussi, à lire la lettre d’Espieux à Girard du 13 sept. 1950 : « Un mot per vos dire qu’ai reçauput lo demai dau fascicle de Roqueta. Vos trasmetrai lo tot aquesta setmana amb las instruccions de Roqueta. Lo recuelh es bèu, d’una agudesa aeriana que se tròba pas tala dins nòstra poesia » [Un mot pour vous dire que j’ai reçu la suite du fascicule de Rouquette. Je vous transmettrai le tout cette semaine avec les instructions de Rouquette. Le recueil est beau, d’une acuité aérienne dont on ne trouve pas l’équivalent dans notre poésie]. Et le 13 mars 1951 : « Per Roqueta (Max), vos prepause de publicar en un sol volum sos Somnis III e Somnis IV. Antau aurem un recuelh que vaudrà per sas dimensions lo Conversa de Pons. » [Pour Rouquette (Max), je vous propose de publier en un seul recueil ses Somnis III et Somnis IV. Ainsi nous aurons un recueil qui vaudra par ses dimensions le Conversa de Pons.]

17 Alibert a peu corrigé de manuscrits. Lafont ne lui fait pas confiance pour ce travail. Lettre du 17 septembre (1955 ?) à Girard : « Il faut renoncer à obtenir des écrivains des textes propres. C’est un rêve irréalisable. Mais Alibert corrige fort mal. Cela fait des années que j’ai personnellement renoncé à son contrôle. Il corrige une faute sur trois et de façon si peu lisible que le travail du prote en est encore compliqué. »

18 Espieux à Girard 13 mars 1951 : « Pense tanben ais escanvis de vista qu’avèm agut amb Pestour » [Je pense aussi aux échanges que nous avons eus avec Pestour]. Il en est encore question dans une lettre du 23 août 1951 : « [Pestour] aviá escrich a Mozat per Messatges e Mozat devia me trasmetre lo tot. Mai pas res de Mozat. Vau escriure a Pestour » [avait écrit à Mouzat pour Messatges et Mouzat devait me transmettre le tout. Mais rien de Mouzat. Je vais écrire à Pestour]. Lafont écrit à Girard, le 2 mai 1953, d’Arles : « Messatges est consacré en principe aux poètes qui font leurs premières armes. Il faudrait, à côté de Messatges-Òbras, une série « Rétrospective ». Il a été question à un certain moment d’un choix de Pestour. Nous retournerons à cette idée un jour ou l’autre. Pestour, André, d’autres (Funel), c’est une nouvelle série qui peut être ouverte. »

19 Lettre de Lafont à Girard du 28 octobre 1952, d’Arles, « Je donnerai le Messatges Lagarde à Aubanel dès que j’aurai le manuscrit dactylographié par ma femme et que Lagarde revoit en ce moment. Pour les 200000 f à trouver… la caisse de compensation… »

20 Lafont écrit à Girard le 2 octobre 1949 « Vene de passar tres jorns a Paris. Ai vist Espieux, Lesfargues e Lesaffre. » [Je viens de passer trois jours à Paris. J’ai vu Espieux, Lesfargues et Lesaffre]

21 Dans une lettre de mars 1948, Espieux écrit à Girard : « Per ma Literatura, Roqueta, mercé a Cassou, a obtengut l’acòrdi di Premsas universitàrias, tre lo libre de Gourdin agotat. » [Pour ma Littérature, Rouquette, grâce à Cassou, a obtenu l’accord des Presses universitaires dès que le livre de Gourdin sera épuisé]. Il fait allusion au livre d’André Gourdin, Langue et littérature d’oc, Paris, PUF, coll. QSJ n°324, 1949.

22 Plus tard (lettre s.d. de 1955), il réitère : « Carrieras. Te prègue de notar qu’es pas question de lo publicar dins Messatges. Perqué pas « Plumes et duvet » ! [Carrières. Je te prie de noter qu’il n’est pas question de le publier dans Messatges. Pourquoi pas « Plumes et duvets »]

23 Lettre de mai 1952 : programme d’émissions sur « la poésie provençale » sous la direction de Maxence Bernheim de Villers dans le cadre de « Poésie sans passeport » de Claude Roland Manuel.

24 Lafont à Girard s.d. (1953) : « J’ai écrit à Espieux au sujet du manuscrit de Bec. Ultimes menaces. »

25 Lafont à Girard : 15 juillet (52 ?) « Espieux m’a annoncé très vite qu’il allait écrire cet article. Mais à la place est arrivée une immense lettre sur la poésie… Aucun sérieux professionnel ! » et Girard à Lafont, en 1953 : « J’expédie sans commentaire le manuscrit Manciet à Espieux. Je ne puis qu’être pour le moins étonné de la désinvolture d’Espieux à l’égard de ce manuscrit qu’il a eu en mains déjà plusieurs fois, qu’il demande périodiquement d’urgence, avec la régularité d’un métronome. Il s’agit de savoir s’il sait ce qu’il veut. Si le manuscrit finit par se perdre au cours de ses pérégrinations postales, je tiens à dégager ici ma responsabilité. »

26 Lettre Girard à Lafont du 15 mars 1955

27 Lettre s.d. probablement 1952 Lafont à Girard : « Ma femme a reçu un recueil d’Espieux. Magnifique. Bien au-dessus de Telaranha et de Destrau de lutz. Du niveau d’Éluard, vraiment. »

28 Lafont à Girard, 20 mars 1952 « Espieux m’a fait passer le grand poème en prose de Manciet qui doit figurer dans son recueil. Encore que certaines propositions qu’il contient soient de nature à nous inquiéter un peu (sympathie évidente aux Allemands « victimes »), ce recueil doit avoir une grande importance pour nous. Il y a là un ton entièrement neuf, et peut-être Manciet possède-t-il le seul véritable tempérament poétique total (Max Jacob, Jarry) que nous puissions offrir au public. Je vous fais parvenir le texte. »

29 Lettre Girard à Lafont du 15 mars 1955 : « Si Espieux veut travailler au choix des poèmes, je puis lui faire envoyer l’ensemble de l’œuvre qui contient du bon et du pire. Il y a une quinzaine de poèmes qui ont pour thème la musique. Nous nous étions entendus pour les détacher et en faire un fascicule. Mais faut-il les choisir définitivement etc… » Espieux répond à Lafont le 23 mars 1955 « Per Barrué, siáu pas pro sabent en gascon per poder faire lo causit previst. Que Ravier i ane ! » [Pour Barrué, je ne suis pas assez savant en gascon pour pouvoir faire le choix prévu. Que Ravier y aille !]

30 Un poème de Barrué, « Musica », est publié dans Oc n° 189 de julhet de 1953, p. 5-6.

31 Mais il lui en a parlé bien plus tôt puisque Espieux lui répond le 21 avril 1953 : « Soi d’acordi per vostres projectes gascons… e mai per l’ordre Manciet-Bec-Ravier. » [Je suis d’accord pour vos projets gascons et aussi pour l’ordre Manciet-Bec-Ravier.] 

32 Le 9 avril 1954, Girard parle même de quatre plaquettes gasconnes, incluant Barrué. Mais la plaquette en projet de Barrué dont devait s’occuper Espieux ne sera pas publiée dans Messatges. Cf Jean Thomas « Des manuscrits de Fernand Barrué et de quelques autres » in Les manuscrits du poème (1930-1960), en ligne à l’adresse http://occitanica.eu/omeka/items/show/19138.

33 Jean-François Courouau (éd.) Denis Saurat, Encaminament catar. Toulouse, Presses universitaires du Mirail, coll. « Interlangues », 2010.

34 Jean-François Courouau, « Entre occitanistas e mistralencs : D. Saurat » https://occitanica.eu/items/show/19170

35 Lettre Lafont à Girard, s.d. 1955 : « Saurat a déjà payé 75000 F et me dit de lui en demander davantage si c’est nécessaire ».

36 Manciet proteste auprès d’Espieux ; « Ce ne sera plus Accidents mais Panne ! » Lettre d’Espieux à Lafont, s.d. 1954.

37 Lettre de Girard à Lafont du 27 août 1957.

38 De la graphie de Bec, J-F Courouau écrit : « Établie selon des principes assez mouvants et entachée de quelques erreurs de lecture, elle modifie souvent assez sensiblement la langue même du texte ». p. 50. Op.cit.

39 Cette plaquette Sòrgas, à laquelle Espieux tient beaucoup, est la traduction par lui de poèmes de Maxence Bernheim de Villers. Il devait en assurer lui-même la composition et le tirage à Paris.

40 Lettre de Lafont à Girard du 30 août 1956.

41 C’est ce qui sera mis en place de 1960 à 1972. Nelli accepte d’être un directeur littéraire de prestige, mais lointain, pendant 12 ans. Espieux écrit à Robert Lafont le 28 novembre 1972 : « Je comprends très bien que l’on m’ait enlevé la direction de Messatges, mais n’eût-il pas été poli – simplement poli – de m’en aviser ! »

42 Lettre du 26 novembre 1959 de Lafont à Girard. « Le règlement adopté condamne un auteur à donner d’abord un recueil Quasèrn, puis un recueil Òbra. Comme nous ne pouvons pas éditer de volume Òbra pour l’instant, nous sommes en train, par formalisme, de nous aliéner des auteurs : Cerda, Serge Bec, Espieux… »

43 Sa note dans la marge l’indique « Puei e solament puei podrai quitar la plaça a quicòm mai. »

44 Est-ce le recueil dont Lafont disait à Girard le 16 avril 1955 : « Ma femme a reçu un recueil d’Espieux magnifique. Bien au-dessus de Telaranha e de Destrau de lutz. Du niveau d’Éluard, vraiment. »

45 Yves Rouquette dit : « quicòm coma una sòrre bessona e magrinèla » [quelque chose comme une sœur jumelle et maigrichonne] Oc, 227-228, genièr-junh 1963, p. 85.

46 Lettre à Lafont de juin 1962.

47 Ce jugement est confirmé par les analyses de Marie-Jeanne Verny in Le manuscrit du poème. « Lei Cants de la tibla de Robert Allan : de l’histoire d’une édition impossible au projet de réédition » http://occitanica.eu/omeka/items/show/17061.

48 « Dieu que tout cela est vivant ! Vous souvenez-vous de l’époque où Berthaud citait Philadelphe : « Que i a trivalh e sem pas goaire ! » C’est encore un peu vrai, mais comme tout a proliféré ! » Lettre d’Espieux à Girard du 30 juillet 1970.

Photo C. Torreilles

Lettre de Lafont à Girard du 3 sept. 1950 avec une fiche d’Espieux sur les numéros à paraître de Messatges

Lettre de Lafont à Girard du 3 sept. 1950 avec une fiche d’Espieux sur les numéros à paraître de Messatges

Archives Lafont, CIRDOC – Institut occitan de cultura

Annonce de la parution dans Oc

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Claire Torreilles

Chercheuse associée, Univ Paul Valéry Montpellier 3, ReSO EA 4582, F34000, Montpellier, France

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